Taken To the Sky

♣ CHAPITRE 5 - UNE ALLIANCE IMPROBABLE

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 Taken To the Sky

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MessageSujet: Taken To the Sky   Sam 13 Avr - 0:38

Prologue


C’est les vacances. Tout le monde –ou pratiquement- s’enfuient du lycée et se dépêchent de rentrer chez eux. Pour beaucoup d’entre eux, même s’il ne s’agit que de deux semaines, les cours sont à jeter aux oubliettes, moi, je me dis juste que ça me donnera plus de temps pour faire ce qui me plaît. J’ai mes jeux, mes loisirs, mes passions que j’entretiens avec ferveur, j’aimerais bien les partager, mais je ne sais pas trop comment m’y prendre, alors je me contente de m’amuser avec ce que propose mes amis. Après que l’on s’est souhaité à chacun de passer de bonnes vacances, on part de notre côté, rejoindre notre famille. Moi, je prends le train, chargé comme une mule de ma valise, un sachet rempli à ras bord et mon sac à dos, autant dire qu’il était hors de question que je fasse le voyage à pied, d’autant que je ne suis pas quelqu’un de très sportif ni de très actif. On me l’a rarement reproché. Tant mieux.

Dans le train, je repense à ce que je ferai, des forums RolePlay auxquels j’appartiens en tant que membre et à ceux qui attendent ma réponse. J’ai, comme dit, également mes jeux dont certains que je dois rattraper le retard accumulé, notamment mon MMORPG que j’ai presque négligé ces derniers temps. Je ne peux pas très bien regarder le paysage dehors, le repose-tête que propose mon siège est trop bas et qui plus est inconfortable, donc je lève les yeux pour observer le ciel. Nuageux, pour ne pas changer. En cette saison décalée, les nuages dansent librement dans les airs, couvrant le plafond azuré qui surplombe l’horizon. Le tableau était monotone, sombre et un brin triste, quelques maisons faisaient une brève apparition, parfois un village entier, mais rien de plus. Je pense que le plus ennuyant dans les voyages, c’est de devoir se méfier de tous les gens qui passent à côté de soi, histoire de s’assurer qu’ils ne nous piquent pas quelque chose qui dépasseraient. Ça me fatigue de surveiller en permanence, à vous rendre paranoïaque.

Enfin, le train arrive à ma destination, il ne me reste plus qu’à rentrer pour pouvoir savourer ces jours de repos. Pourtant, « repos » n’est pas le terme qui me vient en premier à l’esprit, mais plutôt « m’amuser ». Une fois chez moi, je prends plaisir à poser mon regard sur chaque objet que je n’avais pas vu depuis le week-end précédent. Je les verrai pendant les deux semaines qui viendront, autant reprendre tout de suites mes repères. Une fois chose faite, je rentre dans ma chambre, me déleste de toutes ces charges que je trimballe depuis avant et, dans un élan de fatigue comme d’envie, je bondis, réalise un tonneau en l’air avant d’atterrir lourdement.

Le sol était terreux, froid et sec. Quand je regardais autours de moi, j’ai vu des arbres, des buissons, des branches brisées par terre, et un ciel dégagé, noir et percé d’étoiles. Je compris rapidement que je n’étais plus chez moi. Soudain, un souvenir vint me frapper au visage. Je chutais, en effet, mais ma chute ressemblait plutôt à… Comme si je faisais du surplace, que j’étais en apesanteur en quelque sorte… Puis, je l’ai vu, il était en face de moi. Au premier coup d’œil, j’aurais pu dire qu’il s’agissait d’un oiseau, reconnaissable par sa silhouette mais surtout par ses ailes et ses serres. Il ne parlait pas, mais j’ai compris qu’il ne voyait en moi… Qu’une anomalie, comme si je n’étais pas censé être là, comme si j’étais une branche qui vous tomberait sur le nez. J’ai également compris qu’il ne me haïssait pas, qu’il ne voyait pas en moi un danger, mais plutôt… Rien, je n’avais rien de spécial à ses yeux. Je n’étais qu’une feuille parmi tant d’autres sur un arbre. J’avais peur, et il m’a réconforté. C’est là qu’il me laissa avant que j’atterrisse ici.

Quand j’ai voulu me relever, mes mains avaient disparu, je ne sentais plus très bien mes doigts, ni même mes orteils. En fait, mes orteils étaient étrangement tordus, mes jambes répondaient bizarrement, cependant, le plus décontenançant dans toute cette histoire, c’est que je me sentais léger comme une plume. Lorsque j’ai cherché à comprendre la cause de ce que je pensais être une folie de mon corps à cause de la chute, j’ai été surpris que… Bah… Le truc, c’est que je n’avais plus ce que je croyais avoir. La stupeur m’avait violemment frappé, mes bras étaient devenus des ailes, mes jambes des pattes, mon torse était recouvert de plumes. Le plus drôle, c’est au moment où j’ai voulu voir mon dos, car j’ai pu sans aucun souci tourner la tête à presque 180°. Je les ai même peut-être dépassés, je n’en étais pas certain. Ce qui me surpris, c’était cette… Bah cette queue de plumes. J’étais hébété, mais vite amusé quand je la bougeais de droite à gauche, puis de gauche à droite. Puis, une question me brûla de joie, serai-je capable de voler ? Le rêve de tout le monde, pouvoir déployer ses ailes et s’envoler, et j’étais sur le point de réaliser ce rêve. Sûrement par timidité, je m’assurais qu’il n’y avait personne aux alentours. C’est là que je la réalité revint tel un brutal choc, j’étais ailleurs, je n’étais plus chez moi, dans un lieu que je ne connaissais pas. Je m’avançais pour tenter de comprendre ce qui se passait quand je tombait face à un paysage hallucinant.

Je ne sais pas quel est cet endroit, ni comment ou pourquoi je suis là, sous cette apparence, peut-être le saurais-je un jour, ou peut-être pas. Si je me demandais ce qui m’arrivait, je l’ignorais. Si je me demandais pourquoi je suis devenue une chouette, je l’ignorais également. Une seule question occupait mon esprit et que je croyais pouvoir répondre.

-Où… Suis-je ?...


Dernière édition par Gorol le Jeu 18 Avr - 13:28, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Taken To the Sky   Sam 13 Avr - 14:14

Chapitre 1 : Nouveau parmi les autres

Impossible de savoir dans quel endroit il avait atterrit, le nouveau venu se contenta d’observer le paysage, un paysage qu’il ne connaissait pas. Il avait l’habitude de se dire qu’il avait encore tant de choses à voir, mais là, ça n’était plus la même chose. Ce n’était pas un paysage que l’on trouvait chez soi, donc soit il s’était retrouvé on ne sait comment dans un lieu qui lui est parfaitement inconnu, soit pire… À force de profiter de la vue, la chouette se rendait de plus en plus compte qu’il devenait urgent de trouver un abri, ne serait-ce que pour pouvoir au moins dormir la nuit. Il ignorait comment il allait s’en sortir, ne voyant que des arbres et ce qu’on pourrait appeler une rivière un peu plus loin. L’écoulement de l’eau… C’est là que l’étonnement le frappa à nouveau, son ouïe était pas mal fine. Pas exceptionnelle, mais quand même, pouvoir entendre une rivière d’ici, et même le vent qui sifflait entre les branches toutes là-haut. Peut-être n’avait-il tout simplement pas l’habitude d’entendre ces bruits, et que cela lui était plus inconnu qu’autre chose. L’oiseau qui se croyait perdu leva la tête, cherchant le Soleil du regard. D’après sa position, s’il ne se trompe pas, le jour devrait se terminer d’ici… Deux minutes, au moins. Incapable de rejoindre les hauteurs, il se contenta d’un orifice entre les racines d’un arbre. Ça avait un toit, une entrée à sa taille et suffisamment d’espace pour qu’il s’y sente tout de même à l’aise, ne reste plus qu’à essayer de dormir. Ses réflexes voulaient qu’il se couche sur le sol, mais son instinct en disait autrement. Rester debout, les yeux fermés, droit comme un i. Il trouvait cette position étrange, mais malgré tout confortable.

Le sommeil ne venait pas, au contraire… La nuit semblait l’exciter, le maintenir en éveil, comme si les étoiles l’appelaient. C’était inutile de chercher à s’endormir, il sortit la tête de son trou pour observer le monde extérieur. La solitude ne l’avait jamais vraiment dérangé jusque-là, peut-être est-ce parce qu’il avait l’occasion avant de trouver de la compagnie à tout moment, ou bien qu’il n’était jamais vraiment seul. Mais là… Il n’y avait strictement personne. Bien sûr, on pouvait entendre des bruits, de drôles de bruits, mais ça n’était pas les murmures qui se faufilaient de bouches à oreilles, ni les pas qui se faisaient entre dans un rythme répétitif. Pour une fois que la monotonie de ses journées lui manquait… Se sentant légèrement à l’étroit dans son trou à rat, la chouette sortit prendre un peu l’air. Les astres étaient beaux à voir, ça l’empêchait de se sentir triste, même si cela n’étouffait pas la mélancolie qu’il ressentait d’avoir la sensation d’avoir tout perdu. Ça lui arrivait d’être dépressif, ou de penser à tout abandonner. Le penser est une chose, le vivre en est une autre. Autant que son ouïe, il put noter que sa vue aussi s’était bien améliorée. Il ne le remarqua que maintenant, mais bien qu’il devait faire nuit noire, la forêt ne lui était pour autant pas moins perceptible. Il avait même l’impression qu’il voyait mieux de nuit que de jour.

Soudain, une tâche sombre se dessina au-dessus de l’horizon. Ce n’était pas facile de savoir ce dont il s’agissait, mais ça se rapprochait avant de prendre rapidement la forme d’un oiseau. Captivée, l’étranger fit quelques pas en avant, histoire d’avoir une meilleure vue quitte à se mettre à découvert. Personnellement, se faire remarquer quand on a besoin d’aide, c’est sûrement pas une mauvaise idée. Cependant, ce n’est pas qu’il avait un mauvais pressentiment, mais il n’en fit rien, ne faisant que les regarder s’approcher encore et encore, ignorant de qui il s’agissait. À mesure qu’ils battaient des ailes, il put remarquer qu’ils avaient de drôle de figures et de grandes serres… Puis, ils firent des cercles au-dessus de la chouette. Ils devaient sûrement se demander qu’est-ce qu’un ermite fiche ici. Puis, tout à coup, ils fondirent sur lui, serres déployées, pour le plaquer violemment au sol. Le choc était dur, et rencontre le sol aussi durement à nouveau ne faisait pas vraiment du bien. S’il s’agissait d’un oiseau, il avait de drôles de coutumes. Porter un casque de métal sur la tête, et recouvrir ses pattes de… Sandales surmontées de longues griffes, elles aussi métalliques. Ça n’était sûrement pas de simples vagabonds, mais certainement des vétérans, peut-être même des… Soldats ? Des oiseaux-soldats ?

-Je te tiens ! Avait hurlé le sauvage qui le piétinait.

-Qui es-tu ? Un furet des Gardiens ? Criait le second qui se tenait à côté dans une posture menaçante.

-Aaah ! Mais lâchez-moi !

-Silence ! Tu auras droit à la parole quand on te la donnera ! Réprimandait son bourreau en resserrant sa prise.
Sur le coup, la chouette inconnue aurait voulu lui faire part de sa stupidité, mais les serres de métal le rendait muet de douleur, on ne l’entendait que grogner sous l’emprise de l’oiseau-soldat.

-On en fait quoi de celui-là ? Il m’a l’air bizarre.

-On l’emmène, à tous les coups il a des infos’ importantes.

Finalement, il ne sentait plus ces étranges outils lui faire du mal. Il se releva et voulut les toiser, mais se ramassa une aile en pleine face. Cher sol, me revoilà, pensa-t-il. Plus fâché que terrifié, la colère montait dans le gésier de la chouette. Encore une sensation qu’il ne connaissait pas. Être en colère n’était pas nouveau, pas du tout, mais il n’avait jamais ressenti ce sentiment dans cette partie du corps. La surprise eut le bon côté de le calmer, une fois de plus étonné de découvrir quelque chose de plus.

-Allez ! Suis-nous, et pas de fausses routes, sinon on te fera piquer dans les orties plus vite que tu ne le penses !

Son interpelant déploya ses ailes et s’envola tandis que son partenaire se plaça derrière la chouette qu’ils avaient prise en otage, attendant apparemment quelque chose de sa part.

-Bon alors, tu t’envoles ? Dépêches-toi !

-Mais… Je ne sais pas voler.

-QUOI ?!

Voyant qu’il y avait un problème, l’oiseau-soldat qui avait pris les devants revint rapidement, demandant s’il y avait un problème avec le prisonnier.

-Il dit qu’il ne sait pas voler.

-Il se fiche de nous. Allez, plus vite mou du croupion !

Il ignorait ce que cela signifiait, mais il ne devait pas s’agir d’un compliment.

-Mais je vous dis que je ne sais pas voler !

Voyant bien que cela ne les mènera nulle part, ils s’échangèrent un regard complice avant de s’élever et d’empoigner de leurs serres les ailes de la chouette, cette fois terrifiée par ses ravisseurs. Qu’est-ce qu’ils comptaient faire ? C’était la question qu’il allait se poser lorsqu’ils le soulevèrent et l’emmenèrent il ne savait où, mais sûrement pas dans un lieu sûr.

Le voyage était des plus inconfortable, être balancé au-dessus du sol comme un vulgaire sac à patate, et on avait l’impression qu’ils y prenaient un malin plaisir à les entendre rire à chaque gémissement de la chouette. Adieu, forêt, les trois volatiles arrivaient désormais sur un territoire aride et désertique. On percevait quelques cactus, mais rien de plus. D’après le paysage et le terrain qui semblait sableux, ils étaient en plein désert dorénavant. Sans gêne, ils balancèrent leur fardeau devant ce qui ressemblait à une grotte, dont l’entrée était gardée par d’autres oiseaux-soldats.

-Ici tu es chez les Sang-Purs, tu vivras seulement si tu réponds à mes questions. Alors parle !

Enfermé dans une petite cavité dans la roche, la chouette, essoufflée par les tortures qu’on lui avait fait subir, ne parvenait pas à trouver les mots, ne pouvant prononcer que des plaintes incompréhensibles. On l’avait étranglé, étouffé, saigné, arraché des rémiges, certains avaient proposé de lui crever un œil ou deux, mais la proposition fut vite rejetée par le bourreau. L’interrogatoire semblait avoir duré des heures et des heures tellement les blessures étaient insupportables. Être blessé, il connaissait ça, mais se faire arracher des plumes, ça c’est autre chose. C’est même pire qu’on ne puisse le croire. Sans réponses, celui qui devait s’occuper de son cas planta ses serres dans sa tête avant de la cogner brutalement contre le sol. Si ça aurait été de la terre, il ne s’en serait pas plus plaint, mais la roche était plus dure et douloureuse à se prendre sur le coin de la tête.

-Tu crois que c’est une chouette comme nous ?

-C’est sûrement pas un Tyto en tous cas, mais j’ai quand même jamais rencontré ça.

-Parle ! Que font les Gardiens ? Où sont-ils ? Que préparent-ils ?

On ne pouvait qu’entendre des gémissements s’échapper du bec du prisonnier. Tout comme eux, il était une chouette, une chouette hulotte pour être précis. Ceux qui se faisaient appeler les « Sang-Purs » n’en avaient apparemment jamais rencontré, ça doit être rare à dénicher. Soudain, on le relâcha. La pression qui s’exerçait sur lui s’envola, le soulageant presque, mais il comprit rapidement pourquoi. Ce devait être l’un de leurs supérieurs, ses plumes étaient cependant plus blanches, et son visage avait l’apparence de la Lune.

-Allons, mon petit, susurrait-elle de sa douce voix, tu ne pas nous en vouloir, tu t’es positionné dans le camp adverse. Je sais que ça ne doit pas être facile, mais maintenant, tout va s’arranger, tu vas voir.

Ses paroles étaient transportées sur une tonalité séduisante, ce qui adoucissait la nervosité de la chouette hulotte. Si les Sans-Purs étaient violents, elle, elle semblait plutôt… Gentille.

-Alors dis-moi, petite chouette, comment t’appelles-tu ?

Son nom ? Ou son vrai nom ? Il aurait pu épeler sa véritable identité, mais après tout ce dont il vient de se rendre compte, il comprit qu’il n’y avait plus de retour en arrière possible. Son monde, il devait l’oublier, car à présent, il était une chouette parmi toutes les autres sur les terres des cinq royaumes des chouettes, là où combattent les Sang-Purs et les Gardiens de Ga’hoole.

-K… Ko-Kohl… Kohlskui… Je m’appelle Kohlskui…
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MessageSujet: Re: Taken To the Sky   Dim 14 Avr - 15:24

Chapitre 2 : Mal vu et mal vécu

La suite de l’interrogatoire se déroula beaucoup plus paisiblement. Au lieu de le torturer, la chouette qui lui parlait n’en fit rien, elle alla même jusqu’à prendre soin du prisonnier comme s’il s’agissait d’un invité. Nourri, abreuvé, il y avait de quoi se remettre sur pattes en un rien de temps. La nourriture avait une apparence pittoresque et sauvage, mais le goût fit oublier à Kohlskui ce qu’il mangeait. La vermine qui vivait dans le désert possédait une chair ferme en réponse aux intempéries et à la dure vie que l’on subissait dans ce milieu vide, cela lui donnait une texture savoureuse. Ça manquait de cuisson, mais ça n’empêchait pas la viande d’être délicieuse. Quant à la boisson, elle avait un léger goût alcoolisé, mais tout de même doux et agréable à siroter. Requinquée, la chouette hulotte put se redresser de toute sa grandeur. Elle était aussi grande que les chouettes effraies environnante, mais sa corpulence et son plumage marquait sa différence. Contrairement à eux, lui avait une silhouette trapue, une robe de plumes brunes qui cachait presque ses pattes, son ventre pâle avec des stries sombres. S’ils ignoraient qui il était, il ne doutait cependant pas qu’ils n’avaient certainement jamais vu une telle chouette jusqu’à ce jour.

« Un spécimen rare, qui n’a de toute manière aucune idée de ce qui lui arrive ni même pourquoi il est ici. »

-Je vois que tu te portes bien mieux à présent ! S’écriait cette gentille chouette effraie. Mais il reste un petit problème. Vois-tu, tu as de toute évidence connu les Gardiens, alors pourquoi nies-tu avoir une relation avec eux, et plus particulièrement le fameux Super-Squad ?

-Parce que, comme je vous l’ai dit, je… J’ai entendu parler d’eux, beaucoup d’eux, mais je ne les ai jamais rencontré en personne.

-Donc le nom de Soren n’évoque que des rumeurs en toi ?

Soren, il s’agissait d’une chouette effraie lui aussi, mais contrairement à celle qui lui faisait face, lui faisait partie des Gardiens, et lui et ses amies forment le groupe le plus doué de chouettes. Cette bande d’amis porte le nom de Super-Squad.

-N-Non… Rien de plus, je ne les ai jamais rencontrés…

Le reste de la nuit, Kohlskui l’avait vécu seul, dans son trou qui lui sert de prison. Cette sensation de solitude était davantage pesante que la précédente. Il avait beau avoir de la compagnie, le seul fait de poser des questions lui valait soit des réprimandes, soit, parfois, des coups. La présence de la gentille chouette commençait à lui manquer beaucoup. Minouchant dans son coin, il… Il rapetissait à peine, encore une fois à son grand étonnement, ce qui le refit sur le coup grossir. La chouette hulotte n’était pas du genre à rêver les yeux ouverts, il avait bien vu son plumage se coller contre lui, donnant aussi bien la sensation que la vue d’une chouette qui perdait de sa taille. Alors c’est ça, minoucher, pensait-il tout bas. Lire une histoire était une chose, la vivre en était une autre. Étrangement, il avait l’impression d’avoir déjà dit cette phrase… Bah, il devait se faire des idées. Voyant bien que la nuit allait être longue, Kohlskui ordonna dans sa tête tout ce qui venait de se passer. En premier, il rencontre une étrange chouette qui ne manque pas de lumières et qui, d’après lui, l’aurait transformé en chouette. Ensuite, il a été capturé par des soldats des Sang-Purs avant d’être torturé et questionné. Et pour finir, une chouette blanche vint et interrompit l’interrogatoire pour le soigner et poser à son tour des questions, mais sur un ton bien plus calme. Son raisonnement faillit lui faire cracher une pelote tant la peur lui serra le gésier sur le coup, mais si la chouette hulotte ne se trompait pas, il avait rencontré la vice-générale de l’armée des Sang-Purs, Nyra.

Si elle savait faire quelque chose, c’était jouer les fausses mères et, quand on s’y attendait le moins, vous poignarder dans le dos. Jouer la comédie, elle était douée, mais maintenant que Kohlskui savait à qui il avait affaire, il pouvait faire avancer ses propre pions sur l’échiquier. Il n’était pas un bon stratège, il ne le savait que trop bien en jouant à tous ces jeux qui demandaient un sens de la stratégie, mais cela ne l’empêchait pas d’essayer encore et encore. Le truc, c’est que gérer trop de choses en même temps le dépossédait de ses aptitudes à raisonner, mais quand il n’y avait qu’une unité en jeu, à savoir lui, et bien… Disons qu’il avait sûrement plus de chance de s’en sortir.
« Alors résumons, je suis piégé dans une prison, avec un garde devant ma porte et un deuxième qui patrouille. Si je ne me trompe pas, ils sont stupides, mais loyaux… Par crainte. Je ne pense pas que tenter de les convaincre me mènera à quoique ce soit, surtout que je n’ai pas le droit de leur parler… Cependant, ils ne savent pas qui je suis, mais moi si. Dans ce monde je ne suis rien, alors… »

Il n’eut pas le temps de conclure le fil de ses pensées quand une discussion prit place devant sa cellule. Derrière les barreaux, il pouvait distinguer une petite chouette qui portait une gourde. Elle ne semblait pas être plus de mèche avec les Sang-Purs que ne l’est Kohlskui, d’après le regard et le ton qu’elle prenait quand elle s’adressait aux gardes. On aurait plutôt dit qu’elle était asservie.

-D-Désolée de déranger, je-je cherchais à apporter à Ma-Mam’ la Générale sa livraison de symphorine.

-Si c’est pour la générale, alors on s’en occupe. Elle refuse qu’une simple chouette comme toi lui serve.

Sans se faire prier, la petite chouette déposa la gourde devant les gardes avant de retourner là d’où elle vient. Après être certains qu’ils étaient seuls, les deux gardes hochèrent la tête ensemble avant de déboucher leur butin et de boire en leur honneur. Ça sentait d’ici le vin de symphorine, ça devait être très fort à boire. La chouette hulotte les regardait attentivement boire chaque gorgée de cette liqueur, s’attendant à tout moment à les voir devenir pompettes. Le résultat ne se fit pas attendre bien longtemps, car les deux gardes, devenus saouls, eurent beaucoup de mal à tenir la matinée qui se levait. Normalement, ils devaient aussi faire le service de jour, mais cette boisson, accompagnée par le sommeil, ne manqua pas de les assommer rapidement. C’était… Une technique bidon, on pouvait le dire. Endormir les gardes pour pouvoir faire s’évader le prisonnier. Ça semblait trop facile.

-Tu peux voler dans ton état ?

La petite voix venait de cette chouette. Il ne savait pas ce qu’elle fichait là, mais par la plume d’un phénix, on dirait bien qu’elle venait de lui sauver la mise et qu’il allait pouvoir s’échapper d’ici.

-Tu es sûre qu’il n’y a personne ?

-Et certaine ! Les Sang-Purs ne sont pas nombreux dans cette planque, mais il vaut mieux se dépêcher de sortir d’ici !

Les barreaux de sa prison ne servaient qu’à rétrécir le trou, il y avait assez d’espace pour qu’une chouette y rentre et sort à sa guise. Le seul problème était le garde qui ne lâchait pas du regard le prisonnier, il ne regardait ailleurs que pour jeter un coup d’œil avant de se rendre compte qu’il s’agissait du patrouilleur. Et une chouette armée de ces armes que l’on appelait « serres de combat » avait un avantage certain sur celle qui était désarmée et entravée dans sa cage. Enfin sorti de ce trou, il put bien mieux constater les dégâts de son séjour. Son plumage avait beaucoup souffert, et quelques croutes s’étaient formées sur sa peau. Heureusement, il ne devra attendre que quelques jours avant que les plumes repoussent et qu’il retrouve sa splendeur.

-Plus vite ! Tu t’admireras après, il faut sortir d’ici !

Kohlskui l’aurait bien souhaité, mais par où ? Avant qu’il ne puisse poser sa question, il vit la petite chouette s’envoler un peu plus loin et rejoindre ce qui ressemblait à un cul-de-sac.

-Ça ne mène nulle…

Sans pouvoir terminer sa phrase, et après avoir toqué contre un mur qui possédait une drôle de sonorité, ce dernier recula avant de laisser place à un trou. Derrière, on vit une grande chouette grise et une plus petite brune aux pattes déplumées. Une chouette lapone et une chouette des terriers, respectivement, la troisième qui l’avait guidé jusqu’ici était une chevêchette elfe. La chouette hulotte cru voir ses héros préférés du livre, mais comprit rapidement que ce n’était qu’une coïncidence. Également, il comprit que ce qu’il prit pour un mur rocheux était une grande écorce travaillée et sûrement repeinte pour pouvoir se fondre dans la roche. Une illusion trompe-l’œil ! Et il fallait avoir l’œil averti pour la remarquer. Ça n’était pas un travail à moitié accompli, ça.

-Tu vas bien, petit ? Tu as l’air mal en point. Demanda la chouette lapone.

Comme c’est marrant, Nyra disait tout le contraire.

-Il a surtout l’air bizarre, ajouta la chouette des terriers.

-Arrêtez tous les deux ! Les interpella à voix basse la troisième. Dildo, Persi, ne soyez pas insultants !

-Mais vous êtes qui, vous ?

Pendant un moment, il se sentait un peu mis à l’écart, Kohlskui voulu alors leur faire remarquer qu’il était toujours là, cherchant à comprendre ce qui se passait une fois de plus.

-On est là pour te sauver, l’ami !

-Et pas qu’un peu ! On fait ça à chaque fois qu’on peut ! Vivy leur tend à chaque fois un piège différend une fois sur deux, et à chaque fois ils tombent dedans !

-Euh les garçons, je vous rappelle que c’est seulement la deuxième fois que je fais ça moi.

-Mais comment faites-vous pour ne pas vous faire remarquer ? Je veux dire… On est en plein désert, par d’arbre pour se cacher…

Le petit groupe chuintait. Ça signifiait qu’il riait, en quelque sorte. De plus, ça signifiait aussi qu’ils avaient pensé à ça, et que la solution était toute bête.

-On passe par en bas ! Par des terriers !

Ils lui expliquèrent qu’ils utilisaient les nombreux terriers qui se cachaient dans les parages pour éviter de se faire surprendre ou remarquer par les Sang-Purs, et qu’en avançant à petits pas, ils parvenaient à venir jusqu’ici pour dérober les prisonniers sous les becs des gardes ou à rejoindre les forêts aux alentours. Ils avaient pu sauver une chouette comme ça, et ils comptaient en faire de même avec lui.

-Une fois qu’on sera arrivé un peu plus loin, il te suffira de voler pour-

-Pardon de t’interrompre, jeune amie, mais… Je ne sais pas voler.
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MessageSujet: Re: Taken To the Sky   Lun 15 Avr - 14:02

Chapitre 3 : Un temps pour tout

-On n’a pas le temps ! Il faut partir maintenant !

Des cris stridents se faisaient entendre, sûrement le signe que l’on a remarqué l’absence du prisonnier. Kohlskui se fichait de savoir ce qu’il représentait aux yeux des Sang-Purs, chouette rare ou pas, il ne doutait de toute évidence pas qu’ils pensaient qu’il était bien plus que simplement différent d’eux. Tant pis pour la leçon de vol qu’il pensait enfin avoir, il fallait se jeter dans la gueule du loup à l’instinct. Suivant le groupe, Vivy ouvrant la marche et Dildo la refermant derrière Kohlskui, ils se dirigèrent vers une sortie que l’on voyait de loin. Cette grotte n’était en réalité qu’un tas de rochers recouverts de sable, des rochers pleins de trous en tous cas. De loin, la lumière du jour paraissait aveuglante, mais une fois le groupe sorti en plein air, leurs yeux s’y habituèrent rapidement, révélant un paysage désertique, des dunes de sables semblant s’étendre à l’infini et des cactus qu’on pourrait compter sur les doigts d’une main. S’ils appelaient ça une planque… C’était réussi. La cachette n’était pas seulement bien camouflée sous le sable, mais la faune était tellement vide qu’on peut dire qu’il n’y a pas d’âmes qui vivent. Et pourtant…

Ne se perdant pas en bavardages, la chevêchette elfe se hâta de montrer la voie vers un terrier à proximité. La chouette lapone la suivit en volant en rase-motte tandis que la chouette des terriers utilisa ses longues jambes pour rapidement courir sur le sable chaud. Quant à la chouette hulotte… Le moment fatidique était venu, il était temps de déployer ses ailes e de s’envoler vers la liberté et –surtout- le ciel. Kohlskui brandit ses rémiges, gonfla son plumage, mais ne put que battre pitoyablement des ailes. Il se persuada rapidement que même en vol plané, il y serait plus rapidement, ce qu’il fit d’ailleurs sans se faire prier. Mais il n’avait pas encore atteint le terrier, et les Sang-Purs n’allaient pas tarder à envoyer des patrouilles aux alentours. Tant pis, il allait devoir imiter Persi et courir jusqu’au trou. Le sol était, bien évidemment, très instable, c’était par réflexe qu’il battait des ailes pour garder l’équilibre. Un nouveau cri strident se fit entendre, puis ceux de panique de ses sauveurs. Ils s’étaient faits repérer.

Maudissant sa lenteur, la chouette hulotte se retourna pour apercevoir deux effraies qui fondaient sur lui. C’est avec terreur qu’il vit leurs serres de combat se déployer, puis avec stupeur de voir Dildo surgir de nulle part, enfonçant ses propres armes dans la chair de son ennemi, avant de l’envoyer comme un vulgaire caillou plus loin et de s’occuper du deuxième qui avait piqué dans les orties, laissant un craquement funèbre se faire entendre. Cette nouvelle vie allait lui changer de ses habitudes ennuyeuses d’avant, ça c’est sûr. Cependant, l’alarme avait déjà été lancé, et les autres Sang-Purs n’allaient pas tarder à arriver tel un essaim. Donc mieux vaut ne pas traîner dans les parages.

-Prépare-toi ! Ça va secouer !

-Hein ! Qu-…

Kohlskui fut arraché du sol, Dildo l’avait attrapé entre ses serres un peu brusquement, même s’il espérait ne pas l’avoir blessé dans son geste.

-Ça va petit ? Encore vivant ?

-F-f-f… AAAaaah !

On raconte que voler était la plus belle des sensations. Le problème, c’est qu’il fallait préciser « voler de ses propres ailes », et non « voler parce qu’une chouette lapone vous a soudainement attrapé dans ses serres ». Ses pattes pédalant dans le vide, la chouette hulotte était plus paniquée que rassurée.

-Ne t’en fais pas, j’ai déjà fait le voyage en portant l’écorce jusqu’ici, je peux le faire en te portant toi jusque là-bas.

-Là-là-là-bas ? Mais là-bas où ?

-Au pays du Soleil d’Argent !

Ça risque de faire une sacrée trotte… Avec en plus les Sang-Purs qui les coursaient, ils n’étaient pas au bout de leurs surprises, ça il en était sûr. Pendant leur course, la chouette effraie se rapprocha de Vivy avant de commencer à lui crier dessus comme s’il avait peur de ne pas se faire entendre.

-Je vais aller chercher les autres !

-Bonne idée ! Moi je reste avec Dildo si jamais et viendrai prévenir tout le monde après que ça soit fini.

-D’accord ! Avait hurlé Persi avant de s’en aller vers la droite.

À les entendre, leurs poursuivants n’étaient pas si dangereux que ça, un peu de renforts et bam plus de problèmes. C’était bien trop facile, il y avait certainement quelque chose qui n’allait pas tourner bien au final. Seules quatre effraies poursuivaient Persi, la dizaine d’autres étaient encore aux trousses de Kohlskui. À son grand soulagement, Nyra ne faisait pas partie du lot, rien que le fait de penser la revoir un jour l’effrayait. À son arrivée, la première fois qu’il l’a vu, elle semblait si gentille, savoir qu’en réalité elle était cruelle et traîtresse découragerait quiconque de s’approcher d’elle. La revoir risquerait de fendre le gésier de la chouette hulotte. Pas qu’il l’aimait, mais sur le coup, il avait l’impression que c’était lui qui la trahissait. Non, il ne devait pas penser comme ça, elle était méchante, il ne faut ni se fier à elle ni s’allier à elle, sinon à ses risques et périls. Tournant la tête pour jeter un coup d’œil derrière, Kohlskui remarqua le lot de Sang-purs qui ne comptaient apparemment pas les lâcher. Soit ils n’avaient que ça à faire, soit Nyra leur avait ordonné de le ramener à tous prix. Si c’était bel et bien cela, alors la chouette hulotte possédait une grande valeur à ses yeux.

-Ils nous rattrapent !

La chevêchette était presque aussi paniquée que leur protégé. Apparemment, lui il pesait plus que leur simple bout d’écorce rafistolé. En effet, le battement d’ailes de leurs poursuivants se fit de plus en plus fort, preuve qu’ils gagnaient du terrain sur eux. À ce rythme, dans une ou deux minutes, ils allaient être rattrapés avant que les renforts n’arrivent, si jamais ils étaient en chemin. Kohlskui aurait bien voulu demander à son porteur d’aller plus vite, mais ça aurait été comme le traiter de mollusque. Mais la peur lui arracha les mots du bec, et la chouette lapone, loin d’être offensée, avoua qu’elle faisait déjà de son mieux pour les distancer. Malheureusement, ça ne fonctionnait pas très bien.

-Il faut trouver un moyen de les semer, et vite ! Hurlait Dildo en battant frénétiquement des ailes.

Répondant presque aussitôt à cette remarque, Vivy ne voyait pas quoi faire. C’était inutile de chercher à les berner, ils étaient trop nombreux et déterminés à reprendre leur prisonnier. De plus, il n’y avait rien pour les berner dans le coin, c’était vraiment vide. La terreur étouffait la raison de la chouette hulotte, tout ce qu’il désirait était de fuir loin et vite, il ne parvenait pas à se concentrer sur un plan de diversion. Il était inutile de chercher à profiter du terrain, le mieux qu’ils pouvaient faire était de voler le plus vite possible et espérer. Pendant que Dildo battait des ailes, Kohlskui languissait de son côté, imaginant les milles et unes tortures que lui feront subir les Sang-Purs s’il se faisait capturer à nouveau. Et l’idée de revoir Nyra, et cette fois son vrai visage… La chouette hulotte minoucha terriblement à cette pensée.

-Plus vite, Dildo ! Plus vite ! Criait la chevêchette à en perdre la voix.

« Je suis trop lourd… Je suis un fardeau pour lui… »

-Lâchez… Moi !

Brisant l’étreinte qui se resserrait sur lui depuis le début de cette course poursuite qui, décidément, était peine perdue, Kohlskui se sentit tout à coup léger. Il chutait comme une pierre qu’on avait lâchée de très haut. Il avait beau déployer et battre lui aussi frénétiquement des ailes, cela ne donnait aucun bon résultat, il ne faisait que tourner dans les airs avant de finir sa chute sur les dunes de sables. Entre le sol et le ciel, la chouette hulotte distinguait la chouette lapone fondre sur lui, apparemment cherchant à le récupérer le plus vite possible avant que malheur ne survienne. Même s’il s’agissait d’un geste de bonté, il… Il ne pouvait plus l’accepter sans rien faire.

« Je… Ne suis pas venu jusqu’ici… Pour finir comme ça ! »

D’un puissant coup d’ailes, Kohlskui parvint à se stabiliser. C’est là qu’il rencontra les premiers obstacles aériens : les courants d’airs. Même si c’était calme et régulier, le vent venait de côté, ce qui le déstabilisait dans son élan. C’est là qu’intervint Dildo, se plaçant de telle manière à brasser les petites bourrasques qui venaient à l’encontre de son protégé. Tout à coup, l’air semblait moelleux, ses plumes le traversaient pratiquement sans problèmes.

-Je vais t’aider ! Occupes-toi de battre des ailes !

Ni une, ni deux, Kohlskui battait aussi vite et fort des ailes qu’il le pouvait. Ces mouvements répétitifs le fatiguaient rapidement, mais d’après Vivy, ils ne se faisaient plus rattraper par les Sang-Purs. Ignorant tout ce qui l’entourait, il se contentait de battre des ailes, d’avancer aussi loin et rapidement que possible, quitte à perdre toutes ses forces, tant qu’il pouvait s’éloigner de Nyra et de ses troupes. Il ne savait pas si on effort le récompensait, ni s’il en faisait trop, tout ce qui comptait, c’était de fuir. Ses muscles commençaient à le faire souffrir, il manquait de plus en plus de souffle, sa respiration se faisant rauque au fur et à mesure qu’il persistait dans ses gestes sportifs mais forcés. Puis, au bout de ce qui lui semblait être des heures, il perçut la voix de Vivy.

-Nous y sommes !

À ces mots, la chouette hulotte perdit conscience.
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MessageSujet: Re: Taken To the Sky   Mar 16 Avr - 14:19

Chapitre 4 : Les prémices d’une nouvelle vie

-Tu vois ? C’est comme ça que tu dois t’y prendre !

Comme pour le narguer, la chouette lapone passa juste au-dessus, rasant les plumes de sa tête, avant de se poser sur une branche derrière lui. Cela fait déjà trois jours que Kohlskui apprenait à voler depuis son évasion de la prison du désert, et même si c’était un miracle qu’il était parvenu à voler de ses propres ailes pour leur échapper, il manquait cruellement de technique et de vigueur, la seule chose sur laquelle il pouvait compter pour ses premières heures était sa force. Cependant, Dildo lui apprit qu’il pouvait compter sur les vents pour se fatiguer moins vite, et c’était le thème de la leçon d’aujourd’hui. Rien de surprenant qu’il n’y arrive qu’à moitié, mais quand même… Son tuteur trouvait cela étrange, au début, qu’une chouette de son envergure et de son âge ne sache pas voler, il lui fallut même lui apprendre la notion le tribord et de bâbord.

-Tu disais que tu venais d’où, déjà ?

-De trop loin…

Dildo était resté seul avec Kohlskui, Vivy était partie, comme dit, rejoindre les autres pour les prévenir. Prévenir de quoi ? Qu’une nouvelle chouette d’origine inconnue était arrivée dans leur monde ? Ou bien qu’un campement camouflé des Sang-Purs se situait dans le désert ? Quels mensonges allaient-ils imaginés à son propos ? Tant qu’ils ne le comparaient pas à une sorte de démon, mais juste un vagabond, ça lui convenait. Voulant dorénavant vider son esprit, la chouette hulotte déploya ses ailes et reprit le cours de son entraînement. Il était un peu faiblard, mais constata avec joie qu’ils ne possédaient plus les problèmes physiques d’avant. Son cœur battait bien, ses membres ne lui faisaient mal que quand ses muscles étaient arrivés au bout du rouleau. Autant dire qu’il détenait enfin une forme… Optimale. Ces derniers jours lui furent bénéfique, ses camarades craignant qu’il avait piqué dans les orties pour se briser le cou sur le sol, se retrouvèrent soulagés de le voir se réveiller quelques heures plus tard, en pleine forme.

-Tu avais piqué dans les orties. Lui expliqua Vivy

-De quoi ?

-Piquer dans les orties. Ça signifie que tu as perdu la tête en plein vol et que tu tombais comme une pelote.

-Oh…

À savoir qu’une pelote était le reste d’un repas d’une chouette, le pelage de la proie et ses os, ainsi que tout le reste qui ne se digérait pas non plus. C’est le rôle du gésier de la chouette, empaqueter les pelotes avant de les faire recracher. De plus, Kohlskui nota que ce n’était pas la seule fonction que possédait l’organe. Si avant il ressentait une émotion dans son cœur, désormais cela se passait dans son gésier, mais en beaucoup plus fort. Qu’est-ce que ça pouvait être sensible, une chouette, pensa-t-il. Ça avait certes des mauvais côtés, mais l’idée que même le bonheur soit décuplé… C’était une des principales raisons qui avaient poussés Kohlskui à demander à Dildo de lui apprendre à voler. Au début, c’était loin d’être facile. Puis la technique venait petit à petit, tandis qu’il musclait en même temps ses ailes pour se soulever plus aisément dans les airs.

-Bon, ça fait presque quatre nuits que tu t’entraînes sans relâche, et tu commences à savoir te débrouiller. Moi je dois rejoindre les autres le plus vite possible, alors on va terminer sur une dernière leçon.

La chouette hulotte vint se poser à ses côtés, l’écoutant attentivement.

-Cette fois, c’est toi qui va rapporter une proie.

-Je-je-je-je vais chasser ?!

-Bien sûr ! C’est ce que savent faire toutes les chouettes normales !

À l’entendre, Dildo ne considérait de toute évidence pas son élève comme un compatriote, ni même comme… Quelqu’un qu’on rencontrerait par hasard, dans ce monde.

-Tu m’as déjà vu faire, n’est-ce pas. Alors à ton tour !

Joignant le geste à la parole, la chouette lapone donna un coup d’aile dans le dos de Kohlskui, le poussant dans le vide. Ce dernier parvint à se rattraper rapidement, ronchonnant de la brutalité de son ami, avant de partir à la chasse. Il ne savait pas quoi attraper, alors s’aida de son ouïe aiguisée pour repérer quoique ce soit qui traînerait par-là. Il entendait des bruits, des reniflements ainsi que des couinements. S’il ne se trompait pas, de ce côté, il y avait ce qui devait être une souris… Se fiant à son instinct, la chouette hulotte fondit sur sa proie, fut surpris par sa taille mais l’enserra tout de même avec force puis se redressa pour regagner de la hauteur, rejoignant Dildo sur sa branche.

-Et bien… C’était rapide… Bon, je ne vais pas les faire attendre, maintenant que tu sais t’occuper de toi-même, je n’ai plus qu’une chose à te dire…

La chouette lapone s’envola et enchaîna diverses acrobaties aériennes avant de filer sous Kohlskui, puis s’élever à nouveau et prendre une posture glorieuse.

-Bienvenue dans les Royaumes du Sud !

-Bon, et maintenant ?

Livré à lui-même, Kohlskui n’avait aucune où aller. Hors de question de retourner dans le désert, de toute manière il n’y avait rien à faire d’intéressant. Aller rencontrer les Gardiens ? Bah, à coup sûr, c’est eux qui allaient tomber sur lui, donc inutile de s’inquiéter pour ça. Non, la priorité de la chouette hulotte était de se consacrer un territoire bien à lui pour pouvoir être tranquille et réfléchir à son avenir. Le premier problème était que presque tous les creux sur lesquels il tombait étaient soit impossible à occuper, soit déjà occupés. Il lui fallut attendre le bout de la nuit pour finalement se rabattre sur un petit orifice dans un tronc. Ce n’était certes pas très grand, mais assez pour qu’il rentre dedans au moins. En espérant que ce trou-là non plus soit occupé, Kohlskui passa une nouvelle journée à dormir.

Lorsque le crépuscule se dessina dans le ciel, la chouette hulotte commença à sortir de sa torpeur. Dans ses rêves, il se voyait voyager librement dans les airs, allant là où il le désirait, sans qu’on ne lui oppose de résistance. C’était le pied, en quelque sorte… En s’entendant penser cette expression, il trouvait que ça ne convenait plus trop, n’ayant plus de pied sur lesquels se reposer. Cette pensée le fit soupirer, on dirait qu’il n’y a pas que son ancien monde qu’il allait devoir oublier, mais aussi ses habitudes. Comme quoi, apprendre à voler devint rapidement le cadet de ses soucis, s’il ne voulait pas attirer l’attention parmi les habitants du coin. Quoique… Rien que son plumage le distinguait des autres, donc difficile de passer inaperçu. Une dure jo… Nuit s’annonçait, autant pour son repas que pour sa vie privée. Heureusement, les heures continuaient de défiler, et peu de chouettes semblaient s’intéresser à lui. Les petits demandaient à leurs parents qui étaient cette drôle de chouette avant de se faire gronder comme quoi ce serait impoli de parler comme ça dans le dos d’un étranger.

-Il vient sûrement d’un autre royaume.

-Mais alors, pourquoi il est venu jusqu’ici ?

Même en fouillant dans ses souvenirs, Kohlskui avait du mal à distinguer ces fameux « Cinq royaumes des chouettes », disons qu’il connaissait le nom des différents territoires, mais ne savait que les termes de « Royaumes du Nord » et « Royaumes du Sud ». Soupirant à nouveau, surtout à cause de son ignorance de ce côté, la chouette hulotte songeait à son futur dans ce monde. Qu’allait-il faire ? Rejoindre les Gardiens, ou les Sang-Purs ? Devenir un espion ? Un de ces forgerons solitaires ? À noter qu’il paraît que ça paye bien, mais que ça demandait un certain savoir-faire, et surtout des outils… Sans oublier le bon spot, trouver un bon coin assez isolé mais pas trop pour quand même avoir des visiteurs et donc des commandes et livraisons… Enfin bref, de toute évidence, ça n’était pas la vie que souhaitait avoir Kohlskui. Voler était rapidement devenu une passion chez lui, ce n’était plus de l’entraînement, mais un loisir de battre des ailes et de s’envoler. Comme quoi, on peut, dans tous les cas, joindre l’utile à l’agréable. Peut-être bien finira-t-il par voyager et découvrir le monde. Il s’était rapidement attaché à son ridiculement petit territoire, mais voir de ses propres yeux les paysages qu’il imaginait en lisant les livres, ça ne pouvait être que grandiose ! C’est décidé, demain, il s’en irait, et commencerait son propre grand voyage.

Cette nuit, il commença à faire des réserves, mais ne possédant pas de sacs, il se contentera de voler avec un ou deux repas au jour J. Les… Mince, comment s’appelaient ces vermines déjà ? Bah, plus important, il n’y en avait pas beaucoup dans les parages, en trouvant relevait plus de la chance qu’autre chose. En même temps, la nuit, beaucoup de mammifères dorment. C’était à se demander d’ailleurs, puisqu’il possède une ouïe fine, comment il ne se fait pas réveiller par tous ces bruits mal retenus ou ces cris qu’ils pousseraient à longueur de journée pendant que lui, il dort profondément. Dur à croire… Mais il ne comptait pas vérifier s’ils faisaient tous réellement un brouhaha, tant qu’il parvenait à dormir tranquillement. Durant sa chasse, il était parvenu à n’attraper que deux souris, dont une qui avait déjà fini dans son gésier. C’était moins goûteux que ce que Nyra lui avait servi, mais ça restait très nourrissant. Kohlskui jeta un œil vers l’Est, l’horizon commença à prendre de légères couleurs. La nuit allait se finir d’ici une demi-heure. Tant pis pour les réserves, la deuxième souris servira de petit-déjeuner avant qu’il ne parte. Alors qu’il se dirigeait vers son trou, une dizaine de questions se bousculait dans sa tête. Où ira-t-il ? Que fera-t-il ? Qui servira-t-il ? Qui rencontrera-t-il ? Quand cette dernière question traversa son esprit, la réponse vint, en même temps, lui frappé en pleine face. Personne. Il ne voulait rencontrer personne qu’il ne connaissait. S’il rencontrait à nouveau Nyra, il ressentira de la peur. Mais s’il rencontrait les autres ? Soren et ses amis, les Gardiens et toutes les autres chouettes dont il connaissait le nom ?

Un violent coup d’aile stoppa le flux de ses pensées, le faisant voltiger avant qu’il ne tombe sur une branche. Tentant de se ressaisir rapidement, la chouette hulotte chercha l’impudent qui l’avait défié. Non pas qu’il savait se battre, mais frappé quelqu’un dans le dos, c’était lâche. Une chouette apparue devant lui, serres déployées, prête à l’attraper de là où il se tient. Profitant qu’il sait mieux se servir de ses pattes que de ses ailes, Kohlskui l’esquiva de côté, manquant de tomber à la renverse. Son adversaire semblait puissant, mais semblait également avoir du mal à prédire ses mouvements. Et dire qu’il comptait partir tranquillement de son côté… Qui donc se mettait en travers de sa route ? En espérant qu’il ne s’agisse pas d’un robuste ennemi. Ce dernier réapparut rapidement, faisant face à Kohlskui. On aurait dit une chouette effraie… En quelque sorte… Plus ou moins… Ça en avait l’apparence et le même disque facial, en tous cas.

-Qui es-tu, et que me veux-tu ?

-Je suis Asymay, et je viens te capturer au nom des Sang-Purs !
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MessageSujet: Re: Taken To the Sky   Mer 17 Avr - 14:01

Chapitre 5 : Quelqu’un que l’on connait

-Asymay ?

En prononçant ce nom, la chouette hulotte fit de gros yeux. S’il ne connaissait pas les livres par cœur, il connaissait tout du moins le nom des personnages qui en faisaient partis. Et Asymay ne faisait pas partie des œuvres littéraires qu’il connaissait, mais d’un autre endroit. Pourtant, il l’avait à peine rencontré et ne la connaissait que de nom, rien de plus, même le fait qu’elle appartienne aux Sang-Purs lui était nouveau.

-Oui ! Asymay ! Ne l’oublie pas quand je t’aurai attrapé !

Sur ces paroles, elle fondit sur lui. Hors de question de se faire avoir par une chouette seule alors qu’il a réussi à s’échapper d’une dizaine en même temps, Kohlskui était résolu à partir de son côté, que ce monde le veuille ou non. À nouveau, il parvint à l’éviter en se décalant au dernier moment de sa branche, mais cette fois-ci elle revint plus rapidement à la charge. Il esquiva cette fois en descendant de sa branche, s’accrochant à celle en-dessous. Son corps était léger, et ses dernières nuits lui ont permis de se muscler même un peu. S’il peut s’en sortir, ce sera en se servant de sa tête. La femelle effraie revint à la charge, crachant un juron en lui intimant d’arrêter de bouger. Cette fois, Kohlskui se fit lui-même avoir en se décalant de côté car il se prit l’aile déployée de son adversaire. Sonné par le coup, il chuta entre les branches du pin avant de se ramasser sur l’une d’elles. Le choc a été violent, et il se sentait stupide d’avoir cru pouvoir la berner avec le même stratagème encore et encore.

-Je vais t’avoir !

Sa voix trahit sa présence, et Kohlskui eut juste le temps de se retourner qu’Asymay l’attrapa par la gorge avant de le plaquer contre le tronc. Coincée, la chouette hulotte était à sa merci. Resserrant sa prise, la femelle effraie lui demanda s’il avait quelque chose à voir avec les Gardiens.

-Encore un interrogatoire…

-Chut ! Cria-t-elle en serrant davantage son emprise sur lui. Que complotes-tu contre les Sang-Purs ?

-Mais rien ! Je veux juste qu’on me fiche la paix !

-Comment ça « rien » ?

Surprise de cette réponse, Asymay relâcha un peu son étreinte, ne s’attendant apparemment pas à entendre ça. Si elle l’aurait entendu dire « Je n’ai rien à voir avec ça ! », ou bien « Je ne vois pas de quoi vous parlez ! », ses doutes l’auraient poussé à poser d’avantages de questions, mais pour le coup, elle en restait renversée.

-Je l’ai déjà dit, je n’ai rien à voir avec les Gardiens ou les Sang-Purs, et je ne veux voir avoir à voir de leur part !

-Ah…

Ne sachant pas trop comment réagir à cela, Asymay finit par le relâcher. La chouette hulotte toussa méchamment, elle n’y était pas allée de main morte pour l’étrangler. Il lui jeta un regard accusateur, et elle répondit avec autant d’ardeur.

-Je croyais que tu étais un ennemi, ce n’était pas ma faute !

-Bein voyons…

Kohlskui n’était pas convaincu qu’elle suivait des ordres, elle a dû agir seule et est partie à la poursuite de leur prisonnier évadé. Il ne savait pas comment elle est parvenue à le retrouver, sûrement à l’aide d’informateurs qui traînaient dans le coin, ou peut-être grâce aux familles du coin qu’elle a sans doute menacé.

-Alors tu es quoi ?

-Un simple vagabond.

À cette réponse, la chouette effraie pencha la tête de côté, comme si elle trouvait cette réponse étrange, voire troublante. Les Sang-Purs étaient du genre à capturer tous ceux qui paraissaient suspects, donc un vagabond de son genre a sûrement dû se faire prendre dans les mailles du filet. La chouette hulotte lui expliqua qu’il voulait vivre de son côté, loin de tous ces soucis et problèmes semés par-ci par-là.

Revenu auprès de son trou, accompagné par la chouette femelle, il vérifia que son repas était toujours là, et hésita à le donner à Asymay. Peut-être pouvait-il conclure une sorte de marché. S’il lui donnait le rat, elle ne parlait pas de lui. Ça pourrait paraître étrange, venant de quelqu’un qui dit clairement n’avoir aucun rapport avec cette guerre, de vouloir passer inaperçu, mais c’était pourtant son désir. Il ne voulait pas se retrouver au milieu d’une bataille, tout ce qu’il voulait, c’était au moins profiter du temps qu’il passera dans ce monde.

-Tu as faim ? J’ai une souris si tu veux. Balbutia-t-il en sortant sa proie morte du fond du trou pour la lui tendre.

En voyant le cadeau que lui faisait la chouette hulotte, Asymay pencha la tête de l’autre côté. Une souris, ça ? C’était un campagnol, s’exclama-t-elle. Rendu confus par son ignorance, Kohlskui minoucha légèrement. Il lui demanda de simplement la prendre, et elle ne le refusa pas en bavardages. Rapidement avalé, le campagnol fut un repas qui satisfit la demoiselle. Après cela, il… N’osait pas lui proposer le marché. Cela aurait peut-être été trop rudement entamé, et il ne se voulait pas offensant envers… Son invitée. Jetant un regard vers l’horizon, il en oublia que le jour s’était levé. La rencontre de cette chouette étouffait sa fatigue, autant pour l’un que pour l’autre. Kohlskui avait du mal à vouloir dormir alors qu’il avait une Sang-Purs juste à côté, qui sait si elle ne profiterait pas qu’il dorme pour le ramener dans sa cage ? Quant à Asymay, elle ne retint pas le fil de ses pensées.

-Tu es une drôle de chouette !

-On me l’a déjà dit…

-Au fait, je m’appelle Asymay.

-Tu l’as déjà dit. Moi c’est Kohlskui.

Elle l’avait déjà dit ? Elle s’en souviendrait, quand même ! Bah, peu importe, la curiosité que suscitait une chouette si étrangère à ses yeux parvenait à l’empêcher de s’énerver pour si peu. Mais bon, au moins elle connaissait dorénavant son nom, elle pourra l’appeler autrement que « drôle de chouette ». Sans gêne apparente, elle s’enfonça dans le trou sans demander l’avis de la chouette hulotte, ce qui lui valut pas mal de plaintes de sa part.

-C’est mon trou, ça ! Vas t’en chercher un autre !

-Il fait jour, si je m’amuse à en chercher un, les corbeaux m’attaqueront.

Car oui, si on ne voit pas de chouettes le jour, ce n’est pas seulement parce que ce sont des animaux nocturnes, mais surtout parce que les corbeaux qui vivent le jour ont, pour autant qu’il s’en rappelle, peur d’elles. De ce fait, aucune chouette ne vole de jour, du moins pas sans risques. C’était un argument valable, mais ça ne permettra pas à Asymay de gagner ce combat. Ronchonnant à voix haute, Kohlskui se permis à son tour de s’enfonçant dans le creux de l’arbre. Cette fois, c’était elle qui se plaignait, pas qu’on lui volait sa place, mais plutôt qu’elle se sentait tout à coup écrasée. Si l’orifice était étroit, ça suffisait pour que deux chouettes y vivent en tout cas. Enfin… Kohlskui qui, loin également de se sentir dérangé, ne perdait pas un gramme de volume, Asymay, elle, se sentait plus qu’à l’étroit, c’était limite impossible de s’endormir comme ça. Sans s’arrêter, elle débitait des menaces, des insultes et des grognements qui ne faisaient cependant pas trembler le mâle. C’était elle qui avait commencé, les conséquences n’était pas de la faute à lui, mais à elle.

La journée fut longue, mais quand la nuit tomba, c’était avec plaisir que les deux chouettes sortirent ensemble du trou. L’une comme l’autre, elles avaient plus mal dormi qu’autre chose, mais au moins, elles avaient pu passer la nuit en toute sécurité. Une dernière fois insulté par la femelle, Kohlskui répondit finalement.

-Désolé, mademoiselle, mais voyez-vous, si je partais chercher un autre trou, les corbeaux m’auraient attaqué.

-Pas une raison pour m’avoir étouffé si vulgairement !

Se redressant fièrement, la chouette hulotte chercha du regard la direction du Nord et du Sud. Son manque d’orientation ne passa pas inaperçu aux yeux de la femelle. Elle lui montra rapidement la direction du Nord, rajoutant que par-là se trouvait le Par-delà le Par-delà. À partir de là, il put rapidement trouver ses repères géographiques grâce aux souvenirs de la carte des royaumes des chouettes que contenaient tous les livres qu’il avait lu. Mais ensuite, que fera-t-il ? Il s’était dit qu’il ne participera pas à cette guerre, mais quel métier pourrait-il pratiquer pour justement ne pas être impliqué ? Un rôle dans ce monde qui ne soit pas dangereux, ou mortel ou quoique ce soit qui rime avec « guerre » ou y soit affilié d’une manière ou d’une autre. Plongé dans ses pensées, Asymay ne manqua pas de le remarquer, une fois de plus.

-À quoi penses-tu ?

Un silence s’installa entre les deux chouettes. Kohlskui la regarda un moment, avant de répondre avec un mécontentement non dissimulé un « rien ». La chouette hulotte était songeuse, et en le voyant comme ça, la Sang-Purs ne voulait pas le déranger, seulement attendre une réaction de sa part. Soudain, une lumière brilla dans son regard. Il avait un plan, un plan brillant, et il pouvait le commencer dès maintenant. Dans ses souvenirs, il se remémora de chouettes qui vagabondaient librement, et il comptait devenir l’une d’entre elles. Rivant ses yeux vers l’effraie, Kohlskui annonça avec autant de fierté que de résolution.

-Je vais devenir un troubaplume.
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MessageSujet: Re: Taken To the Sky   Jeu 18 Avr - 14:04

Chapitre 6 : Troubaplume

Une chouette libre, qui voyageait à sa guise où bon lui semblait et se réfugiait dans des bars nichés dans des bars et s’entourait d’autres chouettes qui toutes partagent deux mêmes passions : les chants et les babioles qu’elles utilisaient pour décorer leur plumage. Kohlskui connaissait quelques chansons, mais elles n’étaient pas exceptionnelles, et il était possible qu’elles ne valent pas celles que l’on jodlait là-bas. Quant au « costume », et bien… Le mieux que la chouette hulotte pouvait faire, c’était de chercher de jolies branches et de les coincer entre ses plumes. Normalement, il y avait des petites perles que l’on pouvait accrocher aux rémiges à l’aide d’une ficelle ou tout autre artifice, mais pour le coup, il se retrouvait bredouille. Tant pis pour le style habituel des troubaplumes, Kohlskui allait devoir se contenter de ce qu’il pouvait dénicher dans le coin.

-Méconnaissable ! Avait lancé Asymay.

En déployant à peine ses ailes, les brindilles qui le décoraient tombèrent au sol, dévoilant… Eh bien, pas grand-chose de plus, à vrai dire, car sa corpulence et sa couleur le démarquait déjà très bien des autres chouettes du pays. Outre le fait qu’il ne ressemblait à aucune des chouettes connues dans les Cinq Royaumes, Kohlskui ne passera inaperçu dans aucune forêt. En d’autres termes, le mot « méconnaissable » ne qualifiait en aucun cas la chouette hulotte.

-Il m’en faudra plus pour devenir « méconnaissable ». Répondait-il avait déception.

Lui qui avait voulu être et rester une chouette anonyme dans ce monde, ça commençait mal. Déjà, cette effraie qui le connaissait. Bon, il devait l’avouer, elle ne ressemblait pas à une menace, mais quand même. Bon, et pour les familles de chouettes qui habitaient ici, ils ne s’amuseront de toute manière pas à répandre une rumeur sur une chouette étrange parcourant le monde. Puis, un détail titilla l’esprit de Kohlskui. Sans vouloir paraître méchant… Qu’est-ce qu’il faisait encore ici, elle ?

-D’ailleurs, tu n’avais pas dit que tu étais une Sang-Purs ?

-Si, mais je n’en ai plus envie.

Cette réponse ne fut par celle à laquelle il s’attendait. Décidément, pour le surprendre, elle n’y allait pas de main morte.

-Tu n’en as plus l’envie ?

-Oui, j’ai plus envie de jouer la méchante.

-D’accord…

Au final, s’il comprenait bien, il avait en face de lui une femelle égoïste qui ne cherchait qu’à s’amuser et… Enfin bref, il risquait de devoir l’avoir comme compagne de route pendant un petit moment, mieux ne valait pas commencer à se faire de mauvaises idées répugnantes sur elle. La nuit sera encore longue, ils avaient tout le temps qui leur fallait pour commencer leur périple. Ils allaient le commencer ensemble, puisqu’apparemment Asymay semblait résolue à ne plus retourner auprès des Sang-Purs et à rester auprès de Kohlskui. Au fond, il ne la détestait pas, un peu de compagnie ne le tuera pas, bien au contraire, c’est juste que… Ce n’est pas le genre de compagnie à laquelle il s’attendait. Bon, mieux vaut s’y habituer plutôt que s’en plaindre.

L’effraie se posa à côté de lui, voulant lui faire comprendre qu’il le suivra où qu’il aille. La chouette hulotte devait prendre ce geste de quelle manière ? C’était un message caché, ou bien un sous-entendu qu’elle voulait lui faire passer ? Il espérait qu’il ne s’agisse rien de personnel, mais venant d’elle, il préférait s’attendre à tout. Peu importait désormais, suivi d’Asymay, le troubaplume s’envola vers l’horizon.

Le voyage était pénible, rien de vraiment intéressant se produisait, les nuages se ressemblaient tous, pareille pour les étoiles et les arbres. Heureusement que, vu de haut, Kohlskui parvenait à distinguer les reliefs. Les montagnes, ça ce sont de bons repères qui ne sont pas aléatoires contrairement à ces boules de gaz géantes qui volent dans l’espace. Une montagne, ça ne se déplace pas, en tous cas trop lentement, suffisamment pour que personne ne s’en rende compte. Malheureusement, il ne connaissait même pas le terrain sur lequel ils volaient. Il demande conseil à sa camarade qui lui répondit qu’ils ne devaient plus être très loin du Cap-Glaucis. Ça ne l’aidait pas vraiment, même si, au moins, il pourra, si jamais on le retrouve, avouer qu’il s’était perdu aux alentours du Cap-Glaucis. La nuit allait bientôt se terminer. La chouette hulotte trouva rapidement un creux dans un arbre pour pouvoir s’y réfugier la journée avec la chouette effraie. Cette fois, il y avait assez de place pour se sentir à l’aise, au grand soulagement d’Asymay. Cette dernière était partie et revenue moins d’une heure plus tard avec un écureuil aux joues bouffies. Apparemment, il venait juste de trouver de quoi se remplir le ventre, lui aussi. Rassasiées, les deux chouettes, et surtout Kohlskui, se préparaient à s’endormir quand Asymay démarra une discussion.

-Dis, tu connais des chansons ?

Le mâle soupira avant de répondre d’un ton las.

-Quelques-unes, mais pas de berceuses.

-Tu peux m’en chanter une ?

Voyons voir, il disait connaître des chansons, et ce n’était pas entièrement faux. Le détail qui pouvait gêner, c’était qu’elles pouvaient ne pas convenir aux habitants de ce monde. Ils ont leurs mœurs, peut-être qu’ils n’aimeront pas le style qu’apportera la chouette hulotte. Le meilleur moyen de savoir, c’est d’essayer. Cherchant dans sa mémoire une mélodie qui lui viendrait en tête, il tomba sur une qui risquerait bien de plaire à tout le monde. Il prit une grande bouffée d’air avant de commencer.

Ça avait duré quelques minutes, et s’il avait parfois failli manqué d’air pour hululer, il ne s’en était pas trop mal sorti. Certes, c’était encore à travailler, mais ce qui le rendait tout de même heureux, c’était qu’Asymay le félicitait. Il fallait croire que, contrairement à ses attentes, il avait ses chances. Ce dont elle le congratulait principalement, c’était son souffle, car pour une si longue chanson, il avait su conserver sa respiration jusqu’au bout. Par contre, à la fin, il était quelque peu essoufflé, mais c’était normal puisqu’il ne s’était préparé qu’en deux secondes à peine. Quand il sera arrivé à l’endroit où tous les troubaplumes vont, à un arbistrot, alors il pourra commencer sa carrière comme tel. Pour l’instant, il devra se contenter de simplement passer par-là.

-Tu faisais quoi avant ?

Elle l’arracha de ses pensées. Mais, au moins, c’était pour poser une question intéressante et importante.

-Et bien… Avant, j’étais un élève, je travaillais à longueur de journée et n’était libéré que le soir. On apprenait à étudier des textes, à comprendre les lois et les normes qui viennent avec et tout le tralala. On apprenait aussi les mathématiques et à… Comment dire… Créer… Des règles.

-« Créer des règles » ? Comment ça ?

-Par exemple… Pour une épreuve de sélection, ou un concours ou peu importe le nom que ça a, on vous fait passer des tests. Si on passe les tests, alors c’est bon, sinon… En fait, c’est beaucoup plus compliqué que ça. Disons plutôt qu’on nous apprend à créer les règles qui régissent un petit monde, un monde miniature que n’importe qui qui en aurait les moyens pourrait le prendre dans sa main. Euuuh dans ses serres je veux dire.

-Et à quoi ça sert ?

-Ça sert par exemple quand on veut partager une idée que l’on a eu. Un jeu, n’importe quel jeu que tu peux imaginer, et bien on nous apprend à créer le monde et les règles qui façonnent ce jeu pour que tous ceux qui en sont capable puissent y jouer.

-C’est bizarre…

-Au contraire ! C’était la suite logique de la technologie ! Des millions ou des milliards de joueurs y adhéraient à cette solution, ils créaient ensemble des communautés où ils partageaient leur passion et… Pardon, je m’emporte vite… C’est devenu plus qu’un loisir pour moi de faire ça, tu comprends ?

-Pas vraiment.

-… Pas grave.

Kohlskui se retourna pour enfin pouvoir s’endormir. S’il voulait chanter correctement, il devait se reposer. Il était hors de question que, pour sa première fois, il vienne sans être prêt et opérationnel et prêt à donner tout ce qu’il a, même pour une seule chanson. D’ailleurs, il chantera celle qu’il a chanté à Asymay, ça sera d’autant plus simple pour lui pour débuter son parcours. Il allait atterrir au pays des rêves quand la femelle effraie posa une autre question.

-Mais tu ne t’entraînais pas à devenir un soldat ?

Quelle drôle de question, pour la chouette hulotte, peut-être qu’il était de coutume, dans ce monde, de se préparer à une guerre qui surviendrait n’importe où, n’importe quand. C’est vrai que, quand on y pense, ici, dans les cinq royaumes, les Sang-Purs et les Gardiens se combattaient, l’un pour dominer le monde, l’autre pour protéger la paix qui y régnait. L’un comme l’autre, ils manquaient d’ambitions et surtout d’initiatives, mais Kohlskui préféra ne pas entrer dans ce jeu de tactiques et de stratégies militaires dont il ne connaissait que la surface des horreurs. Se battre pour rester vivant ne le dérangeait pas, ce qui le perturbait était l’idée d’arracher la vie à quelqu’un, et ce définitivement. Avoir le poids d’un mort sur les épaules, il savait ce que ça faisait, et il n’en voulait pas d’avantages. Devenir un joueur expérimenté qui écrase ses ennemis ne posait pas un problème, à la chouette hulotte, car ce n’était qu’un jeu auparavant, mais là, il s’agira de la réalité et non d’un monde miniature créé.

-Non, je… Je ne pense pas que tuer soit une solution à tout, tu vois.

-Oh, tu es un gésier réfractaire ?

Un « gésier réfractaire » était ces chouettes qui haïssaient les guerres et les combats plus que tout. Elles exécraient l’idée d’enfiler une paire de serres de combat pour aller affronter l’ennemi. L’idée d’être comparé à l’un d’eux ne déplaisait pas tant Kohlskui, mais il ne se voyait pas si pacifique qu’il en avait l’air. S’il fallait combattre, il le fera, il en a déjà donné la preuve face à Asymay quand elle a tenté de le capturer.

-Non, je n’aime juste pas me battre, ça ne veut pas dire que je ne me battrai pas.

La réponse ne satisfaisait pas la curiosité de la chouette effraie qui enchaîna avec une ultime question.

-Tu viens d’où ?

« D’où je viens ? »

Il n’était pas aisé de répondre comme ça. Comment avouer qu’il venait du monde « réel » et que celui-ci n’était que le fruit de l’imagination d’un groupe de personnes passionnées ? Ce serait horrible à entendre, pour n’importe quelle chouette de ce monde. Non, il n’oserait jamais le leur dire, cependant… Il ne pouvait pas non plus mentir, car ce serait fuir la réalité. Le mieux qu’il pouvait faire était de tout raconter.

-D’un autre monde. Dit-il sur une note triste avant de la prier de dormir.
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MessageSujet: Re: Taken To the Sky   Ven 19 Avr - 14:14

Chapitre 7 : L’arbistrot

« Ce monde n’a jamais vraiment existé. »

La chouette hulotte tomba au sol, au centre de ce qui semblait être une clairière. Elle ignorait comment elle avait atterri ici, elle ne se souvenait pas avoir piqué dans les orties, ni même avoir été capturé. Avant qu’il ne s’en rend compte, Kohlskui fut encerclé par le feu d’un ravageur incendie. On entendait le bois qui craquait sous la chaleur, parfois même des cris stridents qui hurlaient de peur, de souffrance ou d’agonie. Entre les flammes, il distingua une paire d’yeux rouges, puis une autre, une dizaine, une vingtaine se braquèrent sur lui. Elles brillaient d’une terrible malveillance, aussi bien issue de la colère que de la tristesse.

« Tu mens ! »

« C’est pourtant la vérité. Il n’y a pas plus vraie vérité. »

On aurait dit sa voix, mais à qui parlait-il ? Et surtout, qui pouvait bien avoir sa propre voix ? La noirceur du ciel sembla tout à coup s’abattre sur lui, telle une poigne de fer, et l’arrachant du sol avant de l’attirer face à un visage gigantesque. C’était… Monstrueux. Au loin, il continuait d’entendre des pleurs, des coups, des cris, et même des rires démentiels. Cet endroit gela le sang de la chouette, terrifiée par tous ces bruits, ces abominations. Les paires d’yeux s’approchaient de lui, et c’est ainsi qu’il pouvait remarquer qu’elles pleuraient des larmes de sang. Elles étaient si proches qu’il aurait pu les toucher, mais leur vision n’évoquait que de la frayeur dans son gésier. Il tenta de s’échapper, mais ses gestes furent futiles, les ténèbres qui se refermaient sur lui ne lui permettaient aucun espoir de sortir d’ici.

« Tu es un monstre ! » « Tu n’aurais jamais dû venir ici ! » « Comment oses-tu dire de telles choses ! » « C’est horrible ! » « C’est un démon ! Tuons-le ! » « Un démon ! » « Démon ! » « Meurs ! »

Il vit avec horreur le visage gargantuesque ouvrir sa mâchoire et, ignorant le hurlement de terreur de Kohlskui, abattre ses immenses crocs sur lui.

« NOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOON ! »

-Tu vas te réveiller, oui ?!

-AAAAAH !

Réveillé brutalement, la chouette hulotte poussa un cri d’effroi. Il avait méchamment mal au coin de la tête, et se demandait bien ce qu’il fichait allongé par terre plutôt que debout comme il était avant de s’endormir. Il regarda autours de lui avant de voir Asymay, le regard furieux. Apparemment, elle lui avait sauté dessus et frappé sa tête contre le sol pour le forcer à sortir de son sommeil, c’est la seule explication qui venait à l’esprit de Kohlskui.

-Ça va pas de marmonner puis de hurler comme ça ?!

-Jepfgnke…

-Tu veux encore un coup ?

-Non merci. Avait-il répondu sur le coup après s’être secoué la tête.

-C’était quoi ça ?

-Oh… Rien… Sûrement un mauvais rêve…

Il ne se souvenait pas de tout, mais gardait l’image la plus choquante en tête. Rien qu’en y repensant, il avait froid dans le dos et minouchait terriblement. Quand elle le vit comme ça, elle comprit plus ou moins l’ampleur du cauchemar qu’il avait eu. Elle savait que c’en était un terrible, mais pas ce dont il retournait. Pour tenter de le rassurer, elle indiqua que la nuit était levée depuis une heure, et qu’elle était même aller se renseigner pour trouver l’arbistrot le plus proche. Cette nouvelle revigora le moral de la chouette hulotte, qui semblait il y a à peine dix secondes avoir le gésier détruit.

-Ça va être une nouvelle vie, ça… Chuchota à voix basse le mâle pour lui-même.

-Tu as dit quelque chose ?

-On y va, montre-moi le chemin s’il-te-plaît.

Ne cherchant pas plus, Asymay s’envola en première, suivie de près de Kohlskui. Les deux chouettes étaient aussi heureuses l’une que l’autre. L’une parce que accompagner un troubaplume était beaucoup moins dangereux et frustrant que de surveiller et combattre pour même pas sa propre vie, et l’autre parce que, pour la première fois, elle allait chanter avec un public passionné et qui ne lui jettera pas des débris au bec s’il chantait mal. D’après les souvenirs qu’il gardait des livres, les troubaplumes préféraient que ça soit les femelles harfangs qui chantent, elles qui possèdent une voix si douce et mélodieuse, mais entendre un nouveau venu ne déplaisait personne. Au contraire, rencontrer de nouvelles têtes était un quotidien chez les troubaplumes, et si cette nouvelle tête avait un beau potentiel, alors autant confirmer que la nuit était bien remplie. Le petit groupe n’avait volé qu’une dizaine de minutes que déjà on pouvait voir l’arbistrot au loin.

En même temps qu’ils approchaient, Kohlskui nota que tant d’autres chouettes venues d’ailleurs se rassemblaient elles aussi au même endroit. Il y avait de tout, des chouettes effraies, lapones, des hiboux grands-ducs, des harfangs des neiges, des chevêchettes elfes. Tout ce qu’il y avait de commun dans ce monde. Il ne remarqua cependant aucunes chouettes des terriers, peut-être n’avaient-elles pas les mêmes loisirs que les troubaplumes que l’on croisait. Une fois arrivé, l’ambiance ne se fit pas attendre. On entendait hululer, chuinter, plaisanter, s’abreuver, se goinfrer, mais personne ne chantait, du moins pas encore. Si la chouette hulotte était motivée, là pour le coup c’était moins facile pour se lancer, et bien que son amie le poussait de l’aile pour l’encourager, il n’arrivait pas à se sentir à l’aise. Toutes ces chouettes, ont-elles seulement une seule idée de qui il était, et, surtout, qu’il ne venait pas de ce monde ? Quand des regards se posèrent sur lui, des remarques sur la teinture qu’il aurait utilisé pour avoir ce coloris s’élevèrent parmi des groupes. Alors son plumage particulier passait pour un simple costume ? Cette pensée le fit sourire autant que rire intérieurement. Au moins, on ne lui en voudra pas d’être physiquement différent. Quant à celles qu’il croisait sur son chemin, les chouettes possédaient toutes différentes babioles qui les valorisaient. Certaines portaient même des diadèmes, d’autres des colliers, parfois, il s’agissait même de bijoux, des bracelets enfilés aux pattes ou aux serres telles des bagues. Tout n’était pas clinquant, mais ce drôle de bal déguisé amusait la chouette hulotte. Si lui manquait de breloques, ses plumes lui permettait quand bien même d’être apprécié et regardé.

-On dirait presque qu’ils te connaissent. Tu es sûr de ne jamais être venu ici ?

-Et certain, je te l’ai dit que je viens d’un autre… Endroit.

La chouette effraie qui l’accompagnait était de moins en moins convaincue par son excuse, cependant, elle n’insista pas, et le laissa continuer à s’avancer jusqu’au bar. Ici, il demanda au barman juste un verre, de quoi se rafraîchir ajouta-t-il.

-Ah ah ! Si vous en voulez plus, il suffit de demander !

-Merci beaucoup. Est-ce que je vous dois quelque chose en échange ?

-Je ne suis pas un marchand comme Maxi, ici j’ai plus de troubaplumes que de clients. Tout ce que je désire, c’est satisfaire ceux qui veulent « juste un verre ».

-Et pour ceux qui boivent jusqu’à devenir saoul ?

-Eh bien soit ils m’aident à récolter des baies pour les prochaines nuits, soit ils se séparent de quelques biens, ou encore m’aident à animer la nuit.

Sur ces dernières paroles, Asymay donna un petit coup à Kohlskui, histoire d’éveiller son attention.

-Aider de quelle manière ?

-Tu es nouveau, pas vrai ?

Il avoua que oui, il avait abandonné ce qui restait de sa précédente vie pour devenir un troubaplume.

-Eh bien pour une première fois, tu n’y es pas allé qu’un peu pour tes plumes, ah ah ! S’exclama le hibou grand-duc qui remplissait le rôle de barman. Bah c’est tout bête, soit ils ramènent des amis pour remplir l’arbistrot, soit ils chantent.

À ce mot, les yeux de la chouette hulotte s’arrondirent brusquement de joie. C’est exactement ce qu’il voulait faire ! Face à ce regard, le barman ne resta pas de marbre.

-Si tu t’en sens capable, tu peux toujours essayer. Enfin, ‘faut quand même connaître quelques chansons qu’adorent tous ces troubaplumes qui n’arrêtent pas de crier partout qu’ils cherchent à se remplir le gésier d’amour et tout le tralala.

En l’écoutant, Asymay faillit se redresser brusquement. Kohlskui ? Cherchant à se remplir le gésier d’amour ? Si un jour ça arriverait, qu’il ne vienne pas en chercher auprès d’elle. Rien qu’à l’idée que cette drôle de chouette lui tourne autours en déblatérant des poèmes et des chants d’amour à son égard. Ça serait plus drôle et ridicule à regarder qu’autre chose. Mais Kohlskui, lui, semblait ravi de cette perspective. Non pas de courtiser Asymay, mais d’être aimé par tous ceux qu’il croise et qu’il chante pour ravir le cœur des autres. Décidément, ça c’était une nouvelle vie pleine d’entrains, d’aventures et de cœurs ! Enfin, il ne fallait pas non plus qu’il se laisse emporter par sa passion, il ne devait pas oublier qui il est réellement.

-Tiens, regardes cette ravissante harfang ! Elle va commencer !

Les yeux de la chouette hulotte se posèrent sur une harfang des neiges qui s’était posée sur une branche à peine plus haute. Son plumage était magnifique, les plumes bercées par les perles noires et ors qui cascadaient sur ses ailes et son poitrail. Elle prit une grande inspiration avant de chanter une mélodie romantique, charmant tout le public et aussi Kohlskui.
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MessageSujet: Re: Taken To the Sky   Sam 20 Avr - 14:12

Chapitre 8 : Sur une note de musique

Son plumage blanc était splendide, les perles noires et or qui la couvraient étaient magnifiques, ses yeux étaient d’un bleu incroyable, on pouvait plonger dans son regard et s’y perdre tant la beauté était submergeant. Après que la harfang ait attiré l’attention de tout le monde et, après des chuchotements joyeux et une prise d’inspiration, elle entonna une radieuse mélodie. Sa voix pénétrait le gésier de la chouette hulotte qui se laissa prendre par le charme de la troubaplume.

« Vole avec moi,
Brisons notre solitude,
Vole avec moi,
Brisons nos habitudes.
Envolons-nous sans un bruit.
Je t’offrirai une plume, une fleur de lis
Et des perles de pluie
Pour sublimer tes guenilles.
Ensemble disparaissons,
Partons pour un royaume inconnu,
Nous y chanteront à l’unissons
Loin des creux et des montagnes nues.
Rejoins-moi, pourquoi attendre ?
Portés par les courants ascendants,
Nous franchirons les crêtes d’un gris de cendre
Et nous découvrirons l’autre versant.
Nous nous réveillerons dans la neige,
Côte à côte, à la brune.
Des étoiles nous contemplerons le manège
En lissant nos plus au clair de lune.
Vole avec moi !
Vole avec moi ! »
Les paroles étaient envoutantes, leurs sens séduisants, et la chanteuse fascinante. Une fois la chanson finie, et bien que Kohlskui la trouvait bien courte, tous la félicitèrent et en demandaient une autre. La troubaplume chuinta doucement, tout ce qu’elle souhaitait, c’était de partager un chant avec ses camarades pour que d’autres enchaînent avec d’autres chants classiques et connus. Personne n’osait s’avancer, toutes les chouettes étaient occupées à brailler, à savourer le vin de symphorine, ou à lancer des louanges à la harfang. Aux yeux de Kohlskui, elle n’était rien d’autre qu’une charmante et intéressante chouette blanche qu’il trouvait très jolie. Quant à Asymay, elle préférait se noyer dans l’alcool de son côté.

-Joli brin de chouette, hein ? Murmura le barman à la chouette hulotte, qui n’avait pas raté l’attention que portait ce dernier à la troubaplume. C’est Vérémia, notre « Miss Plonk » à nous. Enfin, aux troubaplumes.

Kohlskui ne rata pas la référence qu’émit le hibou grand-duc. Miss Plonk était une chanteuse révérée et connue dans les cinq royaumes, elle travaillait pour les Gardiens, et on raconte que sa voix coulait dans les oreilles aussi onctueusement que du miel dans le gésier. De quoi vous arracher des larmes quand elle entrait sur scène, à ce qu’on dit. La chouette hulotte trouvait ces commentaires exagérés, voire très surfaits, mais il n’en fit pas la remarque, gardant ces pensées pour lui-même. Il ne comptait pas faire de la concurrence, au contraire, si un jour il voulait des conseils, il saura chez qui se renseigner. Vérémia et Miss Plonk, deux demoiselles reconnues et douées. La chouette hulotte frémit soudainement quand il remarqua que la harfang croisa son regard, et qu’il la dévisageait depuis avant. Honteux de son geste, il détourna les yeux et retourna siroter son gobelet de vin. Malgré toutes les discussions qui ne laissaient jamais la place au silence, son ouïe était assez fine pour qu’il entende parfois parler de lui. Le mot « étrange » revenait, on dirait que son plumage non ordinaire ne passait plus pour une simple teinture. Il leva son verre et but une gorgée avant d’être interrompue par une chouette qu’il n’aurait jamais cru voir de si près aujourd’hui.

-Dis-moi, l’ami, tu n’es pas d’ici, pas vrai ?

Cette voix était agréable à écouter, il en recracha de surprise son vin avant de tourner la tête vers Vérémia. La troubaplume était encore plus magnifique à voir quand elle se tenait à côté de lui, il put d’ailleurs remarquer qu’elle portait un superbe collier fabriqué à partir de lierres et qui, au bout, portait un joyau bleu. En croisant son regard une nouvelle fois, il en perdit ses moyens. Ils brillaient d’une splendeur sans égale, d’un bleu inimaginable, c’était… Dur, de soutenir son regard sans avoir l’impression de se perdre. Kohlskui balbutia quelques mots à peine audibles, ce qui fit rire la troubaplume.

-Tu viens d’un royaume lointain, n’est-ce pas ?

-Je… Euhm… Oui…

Il était redevenu un jeune enfant, incapable de prendre ses décisions lui-même et d’agir de son propre chef. Tout ce qu’il faisait, c’était répondre bêtement et simplement aux questions de Vérémia sans quitter son vin de symphorine du regard.

-Comment t’appelles-tu ?

-K.. Kohlskui… Et-et vous, c’est Vérémia, c’est bien ça ?

Il en perdait jusqu’à ses moyens, heureusement, Asymay était là pour le ramener sur terre.

-C’est qui la madame ?

À la voir, l’effraie avait un peu trop bu, son regard semblait déboussolé et de son bec émanait une haleine alcoolisée et dur à supporter. Autant dire qu’il ne s’agissait plus de la même Asymay qu’il connaissait qu’il avait en face de lui. Sur le coup, il avait presque honte que son « amie » donne une telle image d’elle-même, mais à regarder les autres chouettes du coin, certaines commençaient à avoir le même comportement osé. De plus, il devra la remercier, il a retrouvé plus ou moins tous ses esprits. Enfin, d’apparence, car au fond, il était toujours aussi gêné aussi bien par le comportement d la chouette effraie que de la proximité de la harfang des neiges.

-Je suis Vérémia, et quelle est votre nom ?

-Asymay.

Si la troubaplume ne s’en trouvait pas perturbée et conservait un calme qui inspirait Kohlskui, l’ex-Sang-Pur, elle, affichait une mine… Particulière. La chouette hulotte espérait qu’il ne verra ce visage qu’une fois dans sa vie, et que cette vieille Asymay redevienne à tout jamais celle qu’elle a été avant cette nuit. D’ailleurs, il reprit au passage tous ses esprits pour pouvoir remettre l’effraie droite sur sa place.

-Excusez mon amie, elle… Supporte mal l’alcool.

-Ce n’est pas bien grave.

-Et même qu’il chante mieux que vous !

C’était une accusation lancée directement par la chouette alcoolisée. Kohlskui se cacha sous son aile, soupirant fiévreusement. Mais contrairement à ce dont il s’attendait, beaucoup de troubaplumes encouragèrent cette « étrange » chouette à chanter, accompagnés par quelques mots doux de Vérémia. Tous ces hululements, tous voulaient le voir à l’œuvre, puisque de toute manière personne ici ne semblait vouloir chanter après le passage de la sublime harfang. Poussé par Asymay, la chouette hulotte se sentie contrainte de monter sur le piédestal sur lequel se tenait juste avant la chanteuse, ayant une vue globale de la moitié de toutes les chouettes présentes dans l’arbistrot. Là, il se rendit compte de la pression qu’il pensait subir, cependant, tous voulaient l’entendre, et non le juger. S’éclairant la gorge, il les prévint en premier lieu que c’était sa première fois, ce qui fit rire beaucoup de monde avant qu’ils ne l’encouragèrent plus fort. Puis, en deuxième lieu, il demanda un luth, pour qu’il joue durant sa chanson. Quelqu’un lui prêta le sien gentiment, il testa rapidement les cordes avant de prendre une grande inspiration et de se lancer.

« J'arrive à me glisser
Juste avant que les portes ne se referment
Elle me demande mon nom
Et sa voix me fait quitter la terre ferme
Alors
L’envie me mange
Tout se mélange
Je suis en tête-à-tête avec un ange

En apesanteur
Pourvu que les secondes soient des heures
En apesanteur
Pourvu qu'on soit les seuls
Dans cet ascenseur

Elle arrange ses plumes
J'ai le coeur juste au bord des yeux
Et sans la regarder je sens la chaleur
D'un autre langage
Alors
Les yeux rivés
Sur son plumage
Pourvu que rien n'arrête le voyage

En apesanteur
Pourvu que les secondes soient des heures
En apesanteur
Pourvu qu'on soit les seuls
Dans cet ascenseur
Dans cet ascenseur

J'arrive à me glisser
Juste avant que les portes ne se referment

En apesanteur
Pourvu que les secondes soient des heures
En apesanteur
Pourvu qu'on soit les seuls
Dans cet ascenseur

En apesanteur
Pourvu que les secondes soient des heures
En apesanteur
Pourvu qu'on soit les seuls
Dans cet ascenseur . »
Maintenant qu’il avait terminé de chanter, il attendait l’avis du public.
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MessageSujet: Re: Taken To the Sky   Mer 24 Avr - 14:30

Chapitre 9 : Au centre de l’attention

Ce fut un véritable succès. Toutes les chouettes hululèrent, s’écrièrent et félicitaient Kohlskui pour sa fabuleuse prouesse. Au début, le chant et la mélodie sonnait étrangement aux oreilles de tout le monde, mais au fur et à mesures que les paroles s’enchaînèrent et que la tonalité s’accentuait, tous les troubaplumes commençaient à l’adorer. Si son plumage et sa carrure le différenciait, au départ, des autres, à présent, il faisait parti de la famille. Beaucoup de ruèrent sur lui pour le congratuler en personne, et quand la chouette hulotte voulait rendre le luth à son possesseur, ce dernier refusa, s’expliquant comme quoi l’instrument se trouvait entre de bien meilleures serres. Alors que Kohlskui se retrouvait au centre de l’attention, Vérémia et Asymay restaient au bar, l’une sirotant son gobelet pendant que l’autre l’avait déjà fini, pleurant de joie.

-Il chante très bien, votre ami. Avait lancé la harfang avec joie.

-Oui… *snif* Très bien même…

La troubaplume regardait le visage de l’effraie en chuintant, elle comprenait son sentiment, et même si l’alcool lui faisait exagérer son plaisir, elle avait deviné que c’était le magnifique chant dont leur avait fait part la chouette hulotte qui avait mis Asymay dans cet état. C’était certes splendide, et cela méritait des larmes de joie. Pendant que Vérémia s’occupait de l’ex-Sang-Pur qui continuait de larmoyer de bonheur tellement elle était émue, Kohlskui, de son côté, avait son quota de chouettes à satisfaire. Il ne se serait jamais attendu à une telle ouverture d’esprit de leur part pour ses musiques, les voir s’émerveiller à ce point le rendait heureux plus que tout. Si un jour on lui avait dit qu’il aura des fans, il aurait bien ri. Et pourtant, c’était bel et bien ce qui arrivait. Les troubaplumes, n’ayant appris que des poèmes romantiques ou dramatiques avant de les tourner en chanson, n’était jamais allé aussi profondément dans l’art de chanter. Ils ne cessaient de poser des questions, d’où venait-il, est-ce qu’il connaissait d’autres chansons, et est-ce qu’il les chantera pour eux. Si certains n’arrêtaient pas de l’interroger, d’autres voulaient lui offrir un verre, quelques chouettes allaient jusqu’à lui offrir un objet de leur accoutrement que Kohlskui refusait systématiquement. S’il voulait un jour se déguiser, il le fera lui-même, pas avec l’aide d’une dizaine de troubaplumes dans ses pattes.

Tout au long de la nuit, il répondait joyeusement à leurs questions plus ou moins clairement. Quand il s’agissait de son passé, ce qui était souvent le cas, soit il inventait, soit il insistait pour qu’on en parle plus. La seule réponse qu’il osait donner était qu’il venait de très loin. Sinon, rien de plus précis. Sa famille, ses amis, sa vie d’avant, il préférait l’oublier, le chagrin risque plus de le rendre dépressif qu’autre chose. Fort heureusement, actuellement, il vivait une bien trop belle époque de son existence pour être triste. Quand la nuit touchait à sa fin, les deux chouettes étaient déjà retournées dans leur creux. Toutes les deux étaient fatiguées et n’avaient pas très faim, mais encore un peu pompette, Asymay intimait d’avoir un campagnol, sinon elle ne dormirait pas de toute la journée. Contrairement à son amie, Kohlskui avait toute sa tête, et put partir chasser rapidement avant de revenir au bercail avec de quoi se remplir le gésier. Rassasiée, la chouette effraie se mit à son aise et, ni une ni deux, s’assoupit, assommée par l’alcool. La chouette hulotte, elle, avait encore un peu de mal à s’endormir. Demain sera un nouveau jour, ou peut-être le même que tous ceux qu’il vivra à partir d’aujourd’hui.

Le lendemain, lorsque le Soleil disparut derrière l’horizon, le mâle fut le premier à se réveiller. Peut-être qu’elle avait vraiment trop bu, pensa-t-il en souriant. Elle donnait un spectacle aussi amusant que mignon, elle ne tenait plus très droite sur sa patte et sa tête partait en arrière. Quelques soubresauts la faisaient tressaillir, mais elle dormait trop profondément pour que ça la réveille. Pour lui faire plaisir, Kohlskui partit immédiatement à la chasse pour pêcher un repas. Pendant son envol, il repensa à la nuit d’hier. Toute cette agitation, cette bonne humeur palpable, toutes ces bonnes chouettes, c’était fantastique. Fantastique, mais vraiment lessivant, il en ressentait encore la fatigue de tout ce stress. La vie de troubaplume allait devoir attendre, car aujourd’hui, pour bien commencer la nuit, il allait prendre un jour de congé. Demain, il y retournera, et entre-temps, il essayera de se rappeler d’une autre chanson de secours, si jamais on lui en demanderait une nouvelle pour la route. De son point de vue, il avait tout prévu, il ne restait plus qu’à laisser le temps s’écouler. Enfin, et pour aujourd’hui… Il verra bien ce qu’il fera avec Asymay, et puis, elle devait sûrement avoir des idées pour tuer le temps.

-Bonjour !

-AAAAH !

Freinant brusquement, la chouette hulotte atterrit lourdement dans un pin. On entendit quelques branches se briser, des « Ouh » et des « Ah » de douleurs avant de se terminer par quelques malédictions lancées à tout hasard. Kohlskui se redressa rapidement sur une branche intacte, s’ébouriffant le plumage pour retirer tous les débris avant de voir qui lui avait fait cette farce de mauvais goût. Quand il remarqua une chouette blanche, il comprit tout de suite qu’il s’agissait de Vérémia.

-Que… Que faites-vous ici ?

-Je suis venu voir comment allait notre brillant chanteur.

-Oh et bien… Plutôt bien, je volais tranquillement jusqu’à ce que cet arbre se mette sur ma route.

La réponse fit rire la harfang. S’il y avait une chose qui faisait bondir le gésier de la chouette hulotte, c’était ce rire cristallin, ce rire doux à l’aspect niais. Le chuintement de Vérémia avait la même saveur que son chant, c’était envoûtant, charmant, séduisant. Elle n’était pas que belle en apparence, sa voix était également onctueuse. Il aurait pu la prendre dans ses bras et la bercer jusqu’à demain sans fin s’il avait encore ses bras et non des ailes.

-Tout le monde ne parle plus que de vous maintenant.

-Oh… Eh bien, moi qui voulait ne pas faire trop de bruits…

-Et c’est bien mieux comme ça.

-Comment ?

La troubaplume lui expliqua qu’auparavant, on n’entendait tout le monde parler gaiement, mais tous avait le même poids sur le gésier. C’était par rapport à cette guerre qui opposait les Sang-Purs aux Gardiens, on raconte que ces fanatiques d’effraies recrutent de force des bébés, ils leur arrivaient même parfois de dérober des œufs pour en faire des esclaves à l’avenir. Il n’y avait que des rumeurs répugnantes sur les Sang-Purs et d’autres valorisantes pour les Gardiens. C’était tellement facile dans ce monde de tracer la frontière entre le Bien et le Mal.

-Mais grâce à toi, tout le monde semble avoir oublié cette guerre.

Cependant, on entendait malgré tout une pointe de tristesse dans ses mots.

-Sauf vous, n’est-ce pas ?

Le silence s’installa entre les deux chouettes. Vérémia baissa son regard do honte. Une célébrité comme elle, donner une telle image d’elle à quelqu’un, ce n’était pas quelque chose que l’on peut faire sans réfléchir.

-Vous avez été impliqué dans cette guerre, pas forcément en tant que soldat, mais en tant que… Victime…

À mesure que Kohlskui continuait sa phrase, le visage de la harfang s’assombrissait de tristesse.

-Ils vous ont pris quelque chose qui vous était chère à vos yeux…

-S’il-vous-plaît…

À nouveau, le silence pesa sur les deux chouettes. Vérémia était au bord des larmes, rattrapée par son passé, tandis que Kohlskui la regardait, impuissant. S’il pouvait faire quelque chose pour la réconforter, il le ferait. C’est alors qu’il s’approcha d’elle pour la prendre dans ses ailes. La chouette hulotte l’étreignait doucement, et bien que, d’habitude, elle était plus grande qu’elle, la mélancolie qui lui tordait le gésier la fit minoucher terriblement. Pendant de longues minutes, il la câlinait, la gardant blottie contre son plumage en attendant que le chagrin passe. Quand elle se sentait mieux, elle le remercia, avant de s’envoler vers son lieu de prédilection. En la regardant partir, Kohlskui maudit sa perspicacité et se donna une raison de plus pour prendre un jour de congé aujourd’hui. Mais il continuait de la regarder s’envoler, avant de remarquer qu’elle s’arrêta un instant avant de faire demi-tour et de se ruer sur lui. Se posant rapidement sur la branche et sans précaution, elle se jeta sur la chouette hulotte et lui offrit tout l’amour qu’elle pouvait donner.

Sous le choc, Kohlskui resta immobile, puis l’étreignit à nouveau, la consolant une fois de plus comme il l’avait fait juste avant. C’est là qu’il comprit l’immensité du poids qui pesait sur la conscience de cette pauvre harfang. Sûrement, à cause des Sang-Purs, elle avait perdu sa famille, peut-être aussi ses amis, ou peut-être fut-elle une prisonnière chez eux, ce qui serait le pire à imaginer. Dans tous les cas, cette guerre l’a terriblement tourmenté, et elle s’est retrouvée horriblement traumatisée. Dorénavant, il se sentait obligé de faire quelque chose pour Vérémia, et la seule idée qui lui traversa l’esprit fut de la bercer doucement en sifflant une mélodie apaisante. Blottie dans ses ailes, la troubaplume se sentait reposée, tranquille, sereine, calme. Quand elle fermait les yeux, elle sentait son esprit vagabonder, s’envoler, s’émouvoir et renaître. Elle aussi trouvait qu’il s’agissait d’une drôle de chouette. Pour qu’un simple câlin lui fasse autant de bien, il ne devait s’agir que d’un prodige venu de très loin.

Pendant ce temps, une chouette oubliée se réveilla lentement avec ce que l’on pourrait appeler la gueule de bois. Une épouvantable migraine la faisait souffrir dans sa tête, mais elle n’en fit rien, étant une soldate à la base, ignorer la douleur fut son quotidien. Quand elle jeta un coup d’œil aux alentours, elle se retrouva seule. Tiens, il n’était plus ici ? Se demanda-t-elle. S’approchant de la sortie, elle put remarquer qu’il faisait déjà nuit depuis un petit moment. Quand elle regarda le ciel, elle se doutait que l’autre idiot avait dû retourner à l’arbistrot pour chanter une autre musique… Et sans elle pour l’écouter en plus ! Se hâtant de se faire belle, Asymay sortit du tronc et se dirigea vers le lieu-dit, mais s’arrêta à mi-chemin, lorsqu’elle vit une étrange silhouette entre les branches d’un pin.
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MessageSujet: Re: Taken To the Sky   Dim 28 Avr - 13:57

Chapitre 10 : En danger

Posée sur une branche, Asymay observait le couple de loin. Grâce à son ouïe remarquable, et surtout son instinct de femelle, elle comprit qu’il s’agissait de Vérémia et de Kohlskui. La dame harfang pleurait, de joie ou de tristesse, bien qu’il s’agisse plutôt de chagrin selon l’effraie, mais ce qui la révulsait le plus, c’était que ce bougre de bon à rien de chenapan de Kohlskui profitait de la situation pour gagner son cœur. Toutes les insultes qu’elle connaissait traversèrent son esprit en un instant, et toutes étaient dirigées vers la chouette hulotte. Et cette pauvre troubaplume qui se laissait prendre dans les mailles du filet de cette vile chouette étrange venue de nulle part, l’ex-Sang-Pur aurait pu faire quelque chose, mais elle préféra attendre dans son coin le moment propice pour surgir. Pour l’instant, le seul plan qui lui passait par la tête, c’était de regarder le couple discrètement, recherchant toutes les injures possibles et imaginables qu’elle pourrait balancer à la face de cette fichue chouette tordue qui chante trop bien, ce qui l’énervait d’autant plus.

De leur côté, Vérémia et Kohlskui se tenaient tranquillement sur leur branche, la femelle blottie dans les ailes du mâle. Quand elle lui avait demandé d’où lui était venue cette idée de « câlin », il avait répondu que c’était chose courante chez lui, quand quelqu’un se sentait mal et qu’il avait besoin de réconfort. Parfois même, ajouta-t-il, on le faisait seulement pour le plaisir de le faire, ce qui fit doucement rire la harfang.

-Tu viens d’un drôle d’endroit.

-C’est… Un tout autre monde, crois-moi.

-De quel royaume viens-tu ?

De quel royaume ? Si c’était aussi simple à dire, il le ferait, mais son « royaume » à lui n’existait pas ici. Enfin, c’était ce qu’il pensait, mais il ne pouvait tout de même pas parler de son pays natal à n’importe qui n’importe où et n’importe comment.

-Je viens… De très loin… Je ne me souviens plus exactement.

Ce n’était que la moitié d’un mensonge, il espérait que cela suffirait à la harfang pour plus qu’elle ne le lui redemande à l’avenir, mais elle s’avéra beaucoup plus curieuse qu’il ne s’y serait attendu. Elle lui demanda s’il avait des souvenirs de son royaume d’origine. Il répondit qu’il en avait très peu, mais qu’il préférait ne pas les retrouver. Cette réponse semblait troubler Vérémia qui ne savait plus quoi dire, et quand Kohlskui le remarqua, il ne se priva pas de prendre doucement la parole.

-Tu veux que je te raconte une histoire ?

La troubaplume à la voix mielleuse la regarde avec de grands yeux, puis chuinta tendrement.

-Tu me prends pour une jeune chouette qui écoute toutes ces légendes pour endormir les enfants ?

-N’est-ce pas comme ça que tout le monde devrait-être ?

Sur le coup, elle était aussi surprise qu’hébétée. Là, elle ne savait plus où se mettre. C’était dit si franchement qu’on croirait que la chouette hulotte en était persuadée. Les deux chouettes restèrent silencieuses longtemps, la lune les éclairant faiblement tandis que le vent était absent. L’ouïe fine de Kohlskui lui permit d’entendre le cœur de la femelle qu’il tenait dans ses ailes, le frémissement de ses plumes, ses poumons qui se gonflaient et se dégonflaient. Elle n’était pas que charmante, il pensait également qu’elle l’avait séduit, peut-être était-il tombé amoureux d’elle. Il pensait cela rapidement, après toute les fois où il l’a été, il n’en était plus convaincu aussi facilement dorénavant. Mais cette fois, il l’avait contre lui, il le chérissait contre lui, il avait à bout de bras cet être qu’il aimait et qui l’aimait. Il ferma les yeux, laissant ses pensées vagabonder à travers des futurs qu’il imaginait.

-Alors je t’écoute, vas-y.

Kohlskui se redressa, la fixa de son regard avant de sourire. Il avait cette sensation de se sentir chez lui, et ça lui plaisait. Il n’eut pas le temps de commencer son récit qu’il entendit un cri strident caractéristique des effraies. Son regard se dirigea vers un pin se situant un peu plus loin, avant de pouvoir discerner entre les branches Asymay. Apparemment, elle les observait depuis le début, mais ce n’était pas sur le couple qu’elle venait de crier. Regardant aux alentours, la chouette hulotte venait de percevoir des battements d’ailes au loin, ça battait à un rythme effréné et soutenu, et ça ne donnait pas l’impression que ça se voulait silencieux. Jetant un regard en direction de la source du bruit, il vit des chouettes, moins d’une dizaine au premier coup d’œil, elles portaient toutes un casque de métal ainsi que des serres de combat. Il les avait déjà vu une fois, il espérait ne jamais les revoir, et pourtant, les Sang-Purs étaient revenus le chercher. La terreur emplit le gésier du mâle, si les Sang-Purs étaient là, ça veut dire que Nyra les a soit envoyé ici, soit elle les a suivi en même temps. Nyra, cette horrible chouette effraie… Mais Vérémia était là, elle aussi, légèrement apeurée par l’attitude étrange qu’avait pris son nouvel ami. Si elle aussi se faisait capturer par eux, elle ne s’en sortira peut-être pas une deuxième fois, et lui avouer qu’il s’agissait des Sang-Purs pourraient la faire paniquer. Cependant, elle comprit plus rapidement, en regardant dans la même direction.

Les Sang-Purs avaient ruiné une fois la vie de Vérémia, et quant à Kohlskui, il ne désirait pas dépérir dans un cachot. Ils n’avaient plus le choix, il fallait s’envoler le plus vite possible et le plus loin qu’ils le pouvaient. Aussitôt, les deux chouettes déployèrent leurs ailes et tentèrent de les maintenir à distance tout en se rapprochant d’Asymay.

-Tu n’es pas avec eux, rassure-moi. S’enquit la troubaplume.

-Nan. Avait répondu sèchement l’ex-Sang-Pur.

La jalousie la fit ébouriffer son plumage à l’effraie, et elle cacha mal son amertume bien que l’heure soit mal jugée pour laisser place aux sentiments. S’envoler dans un vent de panique, les trois chouettes tentèrent de distancer leurs ennemis. Asymay aurait bien voulu leur faire la peau, les déplumer et les jeter dans la mer, mais ça aurait été encore trop gentil, elle réfléchissait à d’autres idées pour une vengeance personnelle en chemin. Kohlskui, lui, regardait aux alentours, voir s’il ne pourrait pas profiter du terrain pour tirer un avantage quelconque, malheureusement, il était bien trop inexpérimenté dans ce monde pour faire quoi que ce soit à part fuir et s’enfuir. Quant à Vérémia, elle suivait l’étrange chouette qu’elle avait rencontrée hier et dont la chanson qu’il partagea raviva une flamme en elle.

« C’en est fini de lui ? »

Frappé en plein visage par cette phrase, la chouette hulotte sembla tout à coup perdue. Cette voix, c’était impossible qu’elle vienne des parages, car il l’avait entendu dans sa tête. Et puis, surtout, c’était la voix de sa mère.

-Maman ?!

Ayant perdu de vue son premier objectif, il se fit rapidement rattrapé par les Sang-Purs dont d’eux lui attrapèrent violemment les ailes, ne lui permettant aucune liberté de déplacement, uniquement des gémissements et des cris de douleurs. Capturé sous les yeux de la troubaplume, Kohlskui vit dans ses yeux une immense tristesse s’emparer d’elle, de la mélancolie, mais également du désespoir quand elle voyait les autres effraies foncer sur elle pour la faire prisonnière elle aussi. Le sort fut le même pour l’ex-Sang-Pur, certains pensaient la reconnaître, mais il faut dire que toutes les chouettes paraissent se ressembler d’apparence. Pris autant de panique que d’incompréhension, la soi-disant étrange chouette se débattit aussi diablement qu’il le pouvait, mais les serres de combats de ses ravisseurs se refermèrent davantage sur ses ailes et ne firent que le blesser. C’en était donc vraiment fini, de cette incroyable aventure ? En guise de dernier espoir, il hurla de toutes ses forces.

-À l’aiiiiiiiiide !!!

-Tu vas la fermer, oui ?! lui criait-on dessus avant de le secouer comme un vulgaire sac.

Soudain, quelques instants après son appel au secours, un nouveau cri se fit entendre au-dessus du groupe avant d’être suivi par des descentes en piquée vertigineuse qui emportèrent sur-le-champ des Sang-Purs parsemés autours. Certains parmi eux, terrifié sur le coup, piquèrent dans les orties, d’autres hurlaient qu’il s’agissait de… « Agsemon »… Des hagsmons ! Des démons de ce monde ! Mais il ne s’agissait en rien de créatures maléfiques, car quand ces inconnus refirent surface, on reconnut des chouettes normales, cependant, les Sang-Purs les connaissaient mieux sous le nom de « Gardiens de Ga’hoole ».

-Les Gardiens sont là !

-Tant pis pour les prisonniers. Éliminez-les !

Éliminer qui ? Les Gardiens, ou les prisonniers ? Certains soldats semblaient avoir compris l’ordre dans les deux sens, et levèrent leurs armes pour les abattre sur les trois chouettes. Ses instincts reprenant le dessus, Asymay parvint à se libérer et à défaire ses kidnappeurs avant qu’ils ne chutent jusqu’au sol dans un bruit sourd. Combattre, elle savait faire apparemment, ce qui redonna courage à Kohlskui qui fit de son mieux pour en faire de même. D’un puissant mouvement, il parvint à se libérer l’aile droite avant de planter ses mandibules dans les serres de la seconde chouette effraie, la forçant à le libérer. À nouveau libre de ses mouvements, la chouette hulotte pour observer le combat après s’en être rapidement éloigné de panique. C’était horrible à regarder, à chaque coup bien placé, le sang jaillissait à flot, des plumes s’envolaient comme s’il s’agissait de coussins rembourrés, et les hurlements d’agonies des mourants… Raison de plus d’être et de rester un troubaplume. Au milieu de ce carnage, il reconnut Asymay qui se battait vaillamment, vociférant des « marques d’affection » envers le mâle. S’il recollait toutes les pièces de phrases qu’elle gueulait, il comprit à quel point elle aussi elle l’aimait. À sa manière, en tous cas.

Quand le massacre fut terminé, et que les derniers Sang-Purs succombèrent, Kohlskui resta malgré tout caché, dissimulant mal sa présence à cause de sa respiration rauque et essoufflée. Une chouette, qui devait être un Gardien elle aussi, s’approcha de lui. Il s’agissait d’une autre chouette effraie, elle ne semblait pas bien vieille par contre. Au début, elle fit de grands yeux ronds, c’était le comportement habituel de ceux qui rencontrent Kohlskui pour la première fois, mais contrairement aux autres, elle se ressaisit bien plus vite, se rappelant sûrement de sa mission.

-Vous allez bien monsieur ?

-Je… Qu… Qui êtes-vous ?

-Nous sommes des membres du squad de sauvetage, nous avons entendu votre cri de détresse et nous avons accouru aussi vite que possible. Ils ne vous embêteront plus maintenant.

Un autre Gardien fit son apparition. Il s’agissait aussi d’une chouette effraie.

-Églantine, tous les Sang-Purs ont été éliminé, nous en avons capturé un qui dit ne plus en être un, que fait-on ?

-Asymay ? Relâchez-la, elle ne fera pas de mal à une mouche. Avait lâché la chouette hulotte.

-Je t’ai entendu !

-Des blessés ? Demanda celle qui semblait être à la tête du squad.

-Plus de peur que de mal, mais on a un blessé sévèrement. Une harfang des neiges nommée…

Kohlskui réagit immédiatement en reconnaissant la brève description de sa nouvelle amie.

-Vérémia !
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MessageSujet: Re: Taken To the Sky   Mer 1 Mai - 14:27

Chapitre 11 : Laisse-moi tranquille

-Vérémia !!!

Tourmenté par l’état de la troubaplume, Kohlskui était allé la réconforter pendant qu’un des Gardiens fasse de son mieux pour la soigner. Elle a été terriblement blessé durant le combat, son aile fut brisée par la chute et son magnifique plumage blanc décoré de perles noires était à présent recouvert de sang. Si jamais un jour elle s’envolerait à nouveau, ce sera grâce à un miracle, car l’os fracturé était irrécupérable. La harfang tremblait de douleur, sa respiration lui faisait mal et il lui était difficile de soulever sa poitrine, quant à ses yeux, ils étaient noyés sous les larmes de détresse de la femelle. La chouette hulotte, torturée par l’angoisse qu’il ressentait en voyant sa nouvelle amie agoniser sous ses yeux, supplia les Gardiens de faire quelque chose pour elle. Celle qui était chargée de la médecine à prodiguer faisait déjà de son mieux, s’arrangeant pour nettoyer la blessure et remettre droite l’aile, mais après de longues secondes, elle poussa un soupir avant de se tourner vers le mâle, l’air abattu.

-Elle est gravement blessée… J’ai fait de mon mieux… Je suis désolé… Souffla tout bas le hibou guérisseur.

Après s’être retiré pour laisser de la place au troubaplume, ce dernier rejoignit Vérémia, cherchant son attention derrière ses paupières abaissées. Quand elle ouvrit les yeux au son d’une voix familière, elle reconnut cette étrange chouette qu’elle avait rencontré à l’arbistrot, celle qui avait, malgré sa différence, un beau plumage avec de belles couleurs, une belle chanson à raconter, à partager avec les autres, à jouer devant tout le monde. Elle qui aimait découvrir de nouvelles choses dans sa vie, la rencontre avec cette chouette l’avait changé. Elle qui croyait tout avoir, tout ce qu’il lui fallait, elle s’était rendue compte qu’elle avait encore tant à découvrir. Cette chouette venue d’ailleurs, celle qui se faisait appeler Kohlskui, elle lui avait permis d’ouvrir son esprit vers d’autres portes qui lui étaient offertes. Aujourd’hui, elle profite de son dernier souffle pour partir, apaisée et soulagée de toutes ses souffrances. La chouette hulotte, voyant la dernière once de vie quitter le corps de la troubaplume, semblait à son tour sans vie. Les paupières de la femelle s’étaient à nouveau abaissées, laissant place à un visage inerte, mais souriant.

Une goutte, une deuxième puis une troisième tombèrent sur le plumage blanc de la harfang des neiges. Ravagé par le chagrin, il avait la mine déconfite et le regard figé de mélancolie. Il ne minouchait pas d’épouvante, ses ailes s’étalèrent sur le sol tandis que son plumage, d’habitude légèrement gonflé, glissait sur sa silhouette comme croulant sous le poids du deuil. Son gésier n’envoyait même plus de signaux de détresse, c’était à présent inutile. Il avait rencontré quelqu’un qu’il aimait et qui l’aimait, il tenait cet être entre ses ailes, il l’avait blotti contre lui avec entrain, et maintenant… Kohlskui pleurait, hurlait au plus profond de son être tandis que son corps s’affaissait de plus en plus. Les Gardiens restèrent présents, y compris Asymay, désirant partager le poids de cette tragédie avec le malheureux. L’ex-Sang-Pur s’en voulait d’avoir été si jalouse envers la troubaplume, maintenant, elle était certaine que ces deux chouettes auraient formés un joli couple. Si seulement tout cela n’était pas arrivé. À son tour, elle versa quelques larmes, se rendant compte à quel point elle a été égoïste et idiote en présence de Vérémia. Si seulement elle avait pu faire quelque chose pour empêcher cela. Elle tenta de les sécher du revers de l’aile, mais elle ne parvenait pas à s’arrêter de s’en vouloir. Si seulement elle pouvait faire quelque chose pour réconforter Kohlskui. Elle se souvint des deux chouettes, quand elles se tenaient sur la branche du sapin. Elle s’approcha du mâle pour le prendre dans ses ailes.

-Laisse-moi tranquille.

La chouette effraie ne comprit pas la réaction de son ami. Elle le regardait, subjuguée de surprise. Voyant qu’elle le tenait toujours, le mâle repoussa gentiment ses ailes d’un mouvement avant de s’éloigner et de commencer à gratter le sol au seuil d’un grand pin. Personne ne comprenait vraiment ce qu’il faisait, Asymay s’avança lentement vers lui, se plaçant dans son dos.

-Kohlskui…

-Laisse-moi tranquille !!

D’un rapide balayage de l’aile, il gifla au visage l’ex-Sang-Pur. Blessée et frappée de frustration, elle regarda la chouette hulotte, qui avait les larmes aux yeux, et le désespoir inscrit sur son visage. Le coup n’avait pas que blessé la femelle physiquement, son gésier s’en tordait de miséricorde.

-Kohlskui…

Fatigué et énervé de cette entêtement, le mâle retourna creuser la tombe. Quand le chef du squad présent le comprit, il en fit aussitôt la remarque.

-Tu veux l’enterrer ? Mais… Une chouette ne doit pas mourir enterrée ! C’est… C’est pas comme ça qu’on doit s’y prendre !

-Et tu comptes faire quoi ? Chanter une chansonnette en attendant que les charognards viennent pour la… Tu crois que je vais la laisser comme ça ? L’abandonner comme ça ?!

-Mais… Mais… On devrait trouver un feu de forêt pas loin et la brûler pour l’honorer une dernière fois !

-Tu peux honorer les tas de cendres si tu veux, moi j’honorerai son lieu de repos.

Alors que les autres Gardiens étaient aussi consternés que leur chef, Kohlskui soupira d’agacement.

-Fichez le camp… FOUTEZ-MOI LE CAMP MAINTENANT !!!
Voyant bien qu’il était impossible de lui faire changer d’avis, ils déployèrent leurs ailes avant de s’envoler. Le hibou guérisseur lui jeta un dernier regard, inquiet et surtout triste pour cette chouette qui avait perdu son amie, avant de rejoindre les autres. Quand il jeta un regard autours de lui, il remarqua qu’Asymay aussi était partie.

-Bah !

La colère cessait de grimper dans son gésier pendant qu’il continuait d’élargir le trou, à la place, la mélancolie l’envahissait. Des larmes cascadèrent sur son disque facial, glissant sur sa robe ventrale avant d’humidifier le sol. À mesure qu’il s’épuisait à la tâche, la tristesse le ravageait de plus en plus. Il n’avait pas que perdu une amie, elle était morte dans ses bras. Des cadavres, dans son ancien monde, il en avait vu beaucoup, mais jamais il n’avait eu son amour s’éteindre sous ses yeux, impuissant et incapable d’y remédier. Après avoir déposé Vérémia dans sa tombe, le visage toujours aussi souriant, la chouette hulotte caressa son plumage une dernière fois, murmurant de douces paroles d’adieux. Ses serres frôlèrent une des perles que portait la harfang. D’instinct, il la prit délicatement dans sa patte pour mieux la regarder. C’était un bijou splendide, sublime, magnifique, tout comme celle qui le portait. Larmoyant terriblement, il déposa la terre sur le corps de la troubaplume. Un faible amas de terre gisait face au mâle qui pleurait, écrasé par le deuil que son gésier devait supporter. Au-dessus de la tombe, sur l’écorce de l’arbre, étaient gravés à coup de serres quelques mots.

« Ici gît Vérémia,
Troubaplume à la voix de miel. »

Kohlskui fit face à la tombe de longues minutes avant de doucement siffler une berceuse, souhaitant une dernière fois un adieu moins triste à son amie défunte. Au milieu de sa mélodie, il fut interrompu par une chouette qui se posa non loin de lui. D’un regard, il reconnut Asymay.

-Ça, c’est pour m’avoir frappé !

Elle flanqua avec force un coup d’aile sur le bec du mâle. Geignant de douleur, frotta là où ça faisait mal tout en levant ses yeux vers l’effraie vraisemblablement énervée.

-Et ça, c’est parce que tu me fatigues.

Sans prévenir, elle se blottit contre lui, le prenant dans ses ailes. Elle semblait s’y être rapidement accoutumée aux câlins, celle-là. Autant rassuré qu’elle ne lui en veuille pas éternellement qu’elle semblait même lui avoir pardonné, Kohlskui lui rendit la pareille. Si la tristesse l’accablait toujours, grâce à Asymay, il ne se sentait plus aussi mal.

-Elle est partie… Pour toujours… N’est-ce pas ? Avait-il demandé à voix basse.

-Euh… Je dois dire, j’en sais rien… Elle est partie là-haut, à Glaumora je crois que c’est…

La réponse fit chuinter la chouette chagrinée, ravie de voir qu’elle au moins, elle ne changerait pas. Se tournant face à la tombe, ils regardèrent encore de longues minutes l’endroit où dormait le corps de Vérémia. L’ex-Sang-Pur demanda s’il était de coutume chez lui d’enterrer leurs proches.

-Chez nous, on a un proverbe qui dit « Tu es né poussière, tu redeviendras poussière. ».

-Ça sous-entend plus qu’il fallait plutôt la brûler, non ?

-Le vrai sens de cette phrase, c’est que, à la base, nous venons et cueillons ce que la terre nous offre, et que le meilleur cadeau en retour que nous pouvons lui faire en retour, c’est de rendre ce que nous lui avons pris.

-Bizarre…

-Tu dis ça depuis que je t’ai rencontré, tu n’as pas un autre adjectif pour me qualifier ?

Asymay le regarda un instant, un long moment comme pour réfléchir au meilleur adjectif qui collerait le plus à cette étrange chouette. En plongeant son regard dans le sien, elle en trouva un qui lui sied très bien.

-Oui. Idiot.
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MessageSujet: Re: Taken To the Sky   Dim 5 Mai - 14:03

Chapitre 12 : Le vrai sens de cette vie

Trois jours s’étaient écoulés depuis le drame. L’auto-proclamé troubaplume n’était pas retourné l’arbistrot depuis, il arborait même une sale mine et se promenait seul beaucoup plus souvent et longtemps, mais par pour chasser. Il méditait sur une question qui trottinait dans sa tête depuis le commencement de cette aventure.

« Pourquoi suis-je ici ? Comment cela est-ce arrivé ? ».

La seule chose dont il se souvenait du voyage qu’il avait pris pour tomber dans ce monde, c’est la vision d’un oiseau lumineux, ou bien d’une lumière qui avait pris la forme d’un oiseau. Ce qui le tourmentait, c’était qu’il ressentait de la chaleur provenant de cette lueur, une sensation qu’il ressentirait s’il était en présence d’un être vivant. Était-ce des extra-terrestres ? Dans ce cas, il n’aurait gardé soit aucun souvenir, soit, au moins, ils l’auraient ramené chez lui, sans souvenirs également. Cette hypothèse était de toute évidence tirée par les cheveux, ça ne pouvait pas être cela. Dans son ancienne vie, il avait l’habitude de rejeter la faute sur un vortex imaginaire quand il perdait un objet et qu’il n’arrivait plus à le retrouver. Pour le coup, ça tenait plus debout, cette idée de vortex. Et s’il s’était simplement tenu au mauvais endroit, au mauvais moment ? C’était également une théorie qu’on n’en pouvait pas mettre de côté. Dans tous les cas, il devait forcément y avoir une raison pour qu’il se soit retrouvé ici et pas ailleurs. Mais même… Pourquoi l’a-t-on envoyé ici ? Devait-il voir quelque chose qui se trouvait ici de ses propres yeux ? Aura-t-il le devoir de participer à un évènement dont il constituera l’engrenage principal ? Serait-ce autre chose qu’il aurait négligé, ou oublié ? Il fut interrompu dans son flot de pensées par l’arrivée de la chouette effraie.

-Tu fais quoi ?

-Oh, tu étais là ?

-Non, je viens d’arriver.

Si elle était partie chasser, le gibier s’était fait rare apparemment. Asymay était peut-être revenue bredouille, mais elle était tellement inquiète pour son ami qu’elle passait à côté des campagnols. Elle n’aurait jamais cru penser ça un jour mais… Elle n’avait pas faim.

-Tu te sens bien ? Avait-elle demandé d’un air inquiet.

Le mâle avait répondu par un soupir fatigué. Il avait vécu beaucoup d’aventures jusque-là, cependant, il conservait de mauvais de souvenirs de pratiquement toutes. La morosité qui se lisait sur son visage attristait la chouette effraie. Jusqu’alors, Kohlskui dévoilait beaucoup de ressources, était certes parfois énervant, mais aussi parfois charmant, amusant. On pouvait dire qu’il savait mettre des couleurs dans la vie des gens. Pour preuve, quand elle l’a rencontré, la nuit où il a chanté pour sa première fois devant un large public, le moment qu’il avait partagé avec Vérémia. L’ex-Sang-Pur en gardait un mauvais souvenir de ça, à la fois mauvais, mais aussi d’une certaine nostalgie. Elle enviait toujours la troubaplume qui habitait encore dans le cœur de la chouette hulotte.

-Franchement, lâcha-t-il pour briser le silence, je ne sais pas trop quoi faire d’autre… Je n’aurai plus le cœur à chanter après ce qui s’est passé… J’ai déjà tout perdu en arrivant ici, et après seulement quelques jours, je perds quelqu’un… C’est juste que… Bah ça… M’énerve…

La demoiselle qui se tenait à côté de lui ne comprenait pas très bien, ni ne savait trop quoi faire pour le consoler. Le mieux qu’elle pouvait faire, c’était l’écouter jusqu’au bout.

-Je suppose qu’il ne me reste plus qu’une chose à faire.

Une lumière brilla dans le regard de Kohlskui, un nouveau but dans sa vie s’était inscrit dans son esprit. S’il ne pouvait pas vivre en tant que troubaplume tranquillement, alors il empruntera un autre chemin.

-Je vais rechercher la dernière chose qui me reste à trouver. La vengeance.

Dans la même nuit, la chouette hulotte s’était envolée dans une direction conseillée par son amie qui, quant à elle, était restée au creux. Elle avait sûrement rejoint l’arbistrot, profitant de son absence pour s’amuser avec les autres troubaplumes. Il ne lui en voulait pas. Pendant son voyage en solitaire, il eut tout le temps qu’il lui fallait pour réfléchir de son côté. Désormais, il voulait se venger des Sang-Purs d’avoir tué Vérémia. Pour ça, il allait combattre. Pour ça, il allait avoir besoin d’une arme. Pour ça, Asymay l’avait dirigé vers un forgeron solitaire du coin. Elle n’en connaissait que quelques-uns, mais celui du Pays du Soleil d’Argent était le plus visité par l’armée d’effraies siphonnées. Si quelqu’un pouvait concevoir une arme pour lui, c’était elle.

-Une chouette étrange ! – Venue d’un monde étrange !

Kohlskui s’arrêta, interpelé par ces deux voix venues de nulle part.

-Il nous a vu ! – Vite, fuyons avant qu’il ne nous ait vu !

Le mâle trouva rapidement la source de ces voix et fonça l’approcher, et fut surpris de voir une chouette tachetée le regarder avec deux grands yeux, se tenant droite comme si elle n’avait pas du tout prévu de fuir, contrairement à ce qu’elle disait.

-Il nous a vu, on ne peut plus fuir. – Alors que se passerait-il si on le faisait fuir ?

-Mais que diable racontez-vous, mademoiselle ?

-Un dialecte bien étrange ! – Pour une chouette toute autant étrange.

Déconcerté, la chouette hulotte ne savait plus trop quoi demander. La femelle inconnue ne chuintait pas, elle lui faisait simplement, le fixant avec un regard exprimant quelque chose qu’il ne parvenait pas à discerner.

-Tu te demandes qui nous sommes ? – Est-ce que cela changera la somme ?

-Une chouette folle, voilà ce que vous êtes, maintenant si vous permettez…

-Rejoindre le forgeron solitaire ? – Deux vous deux, c’est toi le plus solitaire.

Le timbre de la première voix ne se voulait qu’interrogatif, empli de curiosité comme si elle ne cessait de découvrir. La deuxième, elle, possédait la même tonalité, mais paraissait plutôt désirer expérimenter.

-Qui êtes-vous ?

-Par « vous », tu t’adresses à moi ? – Ou bien serait-ce à l’autre « moi ».

-Bon sang, je veux juste savoir pourquoi vous vous mettez sur mon chemin !

-Tu t’es arrêté pour nous rencontrer. – Cependant, ce n’est pas seulement pour nous rencontrer.

Fatigué de ce tour en manège dans lequel il avait l’impression d’avoir le vertige, Kohlskui fit de son mieux pour garder son calme. De toute manière, le forgeron pouvait attendre.

-Puis-je connaître votre nom ?

-Je suis tout mais rien ! – En d’autres mots, mon nom est Mélamérien.

-Ça sonne bizarrement… Le mien est Kohlskui. Auriez-vous vu un forgeron dans les parages ?

-Techniquement, ils sont partout où il y a de la fumée. – La forge a besoin de feu, le feu a besoin de se reposer en crachant de la fumée.

-Vous vous exprimez de la sorte depuis longtemps ?

-Trop longtemps je pense ! – Et pourtant, c’est toujours aussi marrant, je pense.

-Qui êtes-vous ?

-Mon nom ? Ou la raison de ma venue ? – À mon avis, ce qui le trouble le plus, c’est la raison de SA venue.

-Que…

-Tu n’es pas d’ici, n’est-ce pas ? – Et pourtant, tu agis comme les autres, n’est-ce pas.
Je ne suis qu’une simple chouette. – Tout comme toi, qui désires être chouette.
Mais je ne suis pas un troubaplume, ni un Sang-Pur. – Mais toi, tu veux éliminer les Sang-Purs.
En réalité, même moi je me demande ce que tu fais. – Tu veux éliminer les Sang-Purs, mais ce n’est qu’un fait.
Je peux peut-être t’aider. – Comme je peux ne pas t’aider.
Mais sache une chose, ça ne se fait pas comme ça. – Ces peuples tiennent sur une balance, ils ont besoin de ça.
Tu peux les aider à s’en sortir. – Mais ce sera de ton rôle que tu vas sortir.

-Que voulez-vous ?... QUI ÊTES-VOUS ?!

-Là pour te raconter le vrai sens de ta vie. – Vis, ne tue pas, ce n’est pas comme ça que doit se dérouler ta vie.

-Mais…

-Tu n’es pas venu ici pour faire cela. – Tu as mieux à accomplir, alors oublie cela.

Un violent coup à la tête réveilla la chouette hulotte. Avait-il rêvé ? Il se retrouvait dans un creux qu’il ne connaissait pas, il avait donc bien dû voyager, cependant, il ne se rappelait pas s’être arrêté ici. Il avait déjà fait un rêve étrange une fois, mais cette fois-ci, il était persuadé qu’il ne s’agissait pas que d’un rêve.
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Taken To the Sky

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